Un esprit sain dans un corps sain, c’est en suivant cet adage qu’on peut faire face aux évènements inattendus. Pour les sols agricoles, c’est pareil. « Nous avons plus que jamais besoin de sols en bonne santé pour résister au changement climatique », lance Pierre Mortreaux, agro-pédologue à la chambre d’agriculture des Hauts-de-France. Il nous en dit davantage sur la matière organique dans le sol dans cette interview.
Pour faire face au changement climatique, il y a selon vous, deux manières de réagir. Lesquelles sont-elles ?

Pierre Mortreaux, agro-pédologue à la chambre d’agriculture des Hauts-de-France. (©Pierre Mortreaux)
Oui. Face aux aléas climatiques, les agriculteurs peuvent tenter de s’adapter. En réduisant leur vulnérabilité, en choisissant tel ou tel type de culture, en jouant sur les dates de semis, sur les variétés. C’est ce qu’ils font depuis toujours, mais les aléas sont plus imprévisibles. Comment sait-on si l’année sera sèche ou humide ? Pour cela, ils peuvent s’appuyer sur leur sol. Plus il sera résilient, plus il pourra stocker de l’eau ou en absorber.
L’autre réaction face à ce défi peut être d’atténuer les impacts. Ici, on parle davantage au long terme. Cela passe par, à mon avis, le stockage du carbone. C’est bénéfique pour tout le monde : on consomme moins d’engrais et moins de carburant.
Cela revient à stocker de la matière organique dans les sols. En quoi un travail du sol plus maitrisé peut aider ?
L’idée est de travailler le sol dans le but qu’il résiste aux effets dégradants de l’eau. Pour cela, et selon les types de sols, il faudra affiner le sol le moins possible et éviter le labour. Ainsi, l’agriculteur a plus de chance d’obtenir un effet « colle » grâce aux résidus. Si l’agriculteur doit labourer, il faut être très vigilant aux labours très précoces qui peuvent être rassis par les conditions hivernales.
Le non-labour a tout de même l’intérêt de préserver l’humidité dans le lit de semences et apporter davantage de capillarité dans le sol. Toutefois, il faut être attentif. Lors de semis direct ou d’utilisation du strip till, la graine doit bien être en contact avec le sol afin que les racines de la plante ne se développent pas uniquement dans la raie du disque semeur.
D’autres techniques sont aussi valables. Je pense au barre butte en pommes de terre qui est relativement efficace contre l’érosion. Il y a le pré-buttage, toujours pour cette culture dont les effets sont concluants sur le sol avec une tare terre amoindrie. Dans un sol en bon état, on visualise très facilement l’effet de réduction de battance grâce à des teneurs en humus élevées et une activité biologique des sols importante.
Avec la récolte de cultures industrielles en automne, les sols peuvent avoir tendance à être compactés. Qu’en dites-vous ?
C’est vrai que les travaux d’automne peuvent mettre les sols à rude épreuve. La compaction n’est pas une bonne chose pour la vie du sol et les plantes. Cela peut empêcher les racines de pénétrer correctement le sol et ainsi puiser difficilement l’eau et les nutriments. Cela empêche l’activité des micro organismes dans la terre.
S’il peut exister une semelle de labour, il y en a une un peu plus mesquine, c’est celle du non-labour. Lorsque la régénération est trop lente, les racines des plantes ont du mal à s’infiltrer. Mais sans labour, il est indéniable, qu’à long terme, on gagne en portance. Grâce notamment à la matière organique présente dans les premiers centimètres de sol. Finalement, le principal est de réaliser un travail du sol nécessaire pour favoriser la vie des sols.
Qu’offrent les couverts végétaux au point de vue de la matière organique ?
Il ne faut pas être trop exigeant avec les couverts. Si on parle d’un couvert moyen, une moutarde de 60 cm, cela va apporter 0,1 % de matière organique en 20 ans ! C’est juste ce qui est suffisant pour entretenir une rotation de cultures sans retour au sol. Pour un beau couvert, d’environ 5 T/ha, ce n’est pas plus du double.
Le retour de matière organique doit être géré au sein de l’assolement, mais de nombreux agriculteurs sont emprisonnés dans leur rotation. À l’image des rotations colza, blé, orge avec une paille enfouie qui est très bénéfique pour le sol. Tandis que les rotations avec des cultures industrielles sont très déficitaires, ce sont aussi celles qui apportent le plus de valeur ajoutée d’un point de vue économique. À l’équilibre, il y a les systèmes de polyculture élevage.
Toutefois, il faut rester pragmatique. Encore une fois, en demande trop de chose à la matière organique. Par exemple, si on passe de 2 à 4 % de matière organique dans le sol, il n’y aura que 8 millimètres supplémentaires d’eau retenus. Mais ne faisons pas de raccourci, les couverts ont tout de même des effets positifs : ils apportent une stabilité culturale, le carbone nourri la vie du sol et les nutriments permettent de réduire les doses d’engrais à apporter.
N’ont-ils pas d’autres intérêts ?
Qu’ils soient vivants ou morts, ils apportent aussi de gros bénéfices. D’abord, dans le cadre de l’érosion, ils limitent les pertes de sol par le ruissellement. Concernant la ressource en eau, les couverts aident à la recharge de la nappe.
Cependant, si la destruction est trop tardive, les couverts peuvent concurrencer l’eau nécessaire pour les cultures de printemps. À l’agriculteur de bien gérer, et ça s’apprend.
Vous parlez également d’aménagements parcellaires, en quoi cela peut permettre au sol de mieux résister aux aléas climatiques ?
Que l’eau est en abondance ou en déficit, l’aménagement des parcelles est fondamental. Bien drainer une parcelle, entretenir les infrastructures vont faciliter la stabilisation de la structure des sols. Lorsque les sols sont drainés, il faut être vigilants à la compaction des sols.
Par ailleurs, il ne faut pas lésiner les intérêts d’avoir des infrastructures écologiques avec des haies et talus qui peuvent faire barrage à l’eau. Mais aussi stimuler la vie du sol. Les zones humides et prairies permanentes sont aussi de zones tampons riches en intérêts pour l’agronomie.
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