Coup de jeune sur les prairies !

Pour rénover une prairie dégradée, le sur-semis peut être une solution efficace. A condition de respecter quelques règles pour éviter les déconvenues...

Le sur-semis est souvent privilégié dans les parcelles en pente où un travail du sol peut entraîner de l’érosion.

Le sur-semis est une solution pour rénover des prairies dégradées. Il consiste à réimplanter des semences pour en améliorer la productivité sans avoir à prendre le risque de pratiquer un travail du sol. Celui-ci occasionnerait une indisponibilité prolongée de la prairie ; il pourrait aussi provoquer des phénomènes d’érosion. C’est la solution qu’ont choisi 7 adhérents de la cuma de Brasc (Aveyron) en investissant dans un semoir à disques de marque Vredo, spécialement conçu pour le sur-semis. « Depuis plusieurs années, nous avons constaté des périodes de sècheresse plus fréquentes et les prairies permanentes se dégradaient » explique Vincent Dasilva, adhérent de la cuma. « Dans ces parcelles, le labour est une opération à proscrire car la pente est importante. S’il y a un orage alors que la parcelle est nue, on risque fort de retrouver toute la terre dans le fossé en contrebas. »

Choisir la bonne période

Adhérents de la Cuma de Brasc : François Viala,  Philippe Bertrand, Vincent Dasilva et Aurélien Costes. « Nous pratiquons le sur-semis depuis quelques années  pour  regarnir des prairies permanentes victimes de sécheresse. »

Adhérents de la cuma de Brasc : François Viala, Philippe Bertrand, Vincent Dasilva et Aurélien Costes. « Nous pratiquons le sur-semis depuis quelques années pour regarnir des prairies permanentes victimes de sécheresse. »

On peut parler de prairie dégradée lorsque, sur une surface d’un mètre carré,  30% de la surface -l’équivalent de deux mains- n’est pas recouverte de végétation. A partir de cette constatation, la décision d’effectuer un sur-semis peut être prise. Définir une période d’intervention dépend souvent des régions et du climat rencontré. Quelle que soit la date, il faut veiller à intervenir sur une végétation ne dépassant pas 5 cm de hauteur. « Avec notre expérience, nous avons constaté que le sur-semis était plus facilement réussi s’il était réalisé vers la fin de l’été ou le tout début de l’automne » souligne Vincent Dasilva. A cette période, la terre est bien réchauffée et les conditions humides sont de retour. Une des clés de la réussite est aussi un sol bien rappuyé derrière le semis pour favoriser le contact sol/graine afin que cette dernière puisse profiter de l’humidité présente.

Un sur-semis de printemps pour l’Aubrac

La technique du sur-semis nécessite de bien rappuyer la ligne de semis avec un rouleau packer ou désaxé pour épouser le relief.

La technique du sur-semis nécessite de bien rappuyer la ligne de semis avec un rouleau packer ou désaxé pour épouser le relief.

« Sur les hauteurs de l’Aubrac, les conditions sont différentes » explique Robert Dardé de la cuma Vallée Lot Aubrac (Aveyron). « Le sur-semis au début de l’automne est très risqué car à cette époque les températures chutent rapidement et nous risquons des gelées. » Pour cette raison, l’intervention se déroule plutôt au début du printemps, entre mi-avril et début mai, juste après les dernières gelées. « A cette période, la croissance de la végétation en place n’est pas encore trop importante, ce qui laisse aux jeunes plantules le temps de se développer sans subir trop de concurrence. » Pour optimiser un bon démarrage, certains éleveurs font pâturer les troupeaux après le sur-semis, afin de garder un sol ouvert plus favorable à la germination. Le pâturage doit être interrompu dès les premières levées car les plantules ne sont pas suffisamment ancrées dans le sol et seront arrachées. Plus les espèces semées ont une installation lente, (dactyle, fétuque…), plus il faudra maintenir une végétation ouverte pour favoriser leur implantation.

Une préparation nécessaire

Un passage de herse permet d’ouvrir des espaces libres sans endommager la végétation en place et de créer de la terre fine favorable au semis.

Un passage de herse permet d’ouvrir des espaces libres sans endommager la végétation en place et de créer de la terre fine favorable au semis.

Des ravageurs comme les taupes ou les rats taupiers provoquent parfois des dégâts nécessitant le regarnissage de la prairie.

Des ravageurs comme les taupes ou les rats taupiers provoquent parfois des dégâts nécessitant le regarnissage de la prairie.

En cas de présence de mauvaises herbes et notamment de vivaces, un désherbage sélectif est souvent nécessaire. Un passage de herse permet d’ouvrir des espaces libres sans endommager la végétation en place, et de créer de la terre fine favorable au semis. Il est aussi utile si le feutrage racinaire est trop important en surface, et favorise un réchauffement plus rapide des sols lors des interventions précoce de printemps. Dans tous les cas, il est recommandé de ne pas amener d’azote car les espèces en place en profiteraient pour se développer et étouffer les plantules.
Dans certains départements, il est aussi parfois nécessaire d’effectuer un passage de rouleau avant le semis.
« Nous avons certaines prairies infestées de rats taupiers. La parcelle est tellement soufflée que le semoir à disques peut parfois pousser la terre devant lui comme une lame niveleuse » souligne Robert Dardé.

Privilégier des espèces agressives

Avec la technique du sur-semis, il est important de privilégier des espèces et des variétés agressives. Le ray-grass italien et le trèfle blanc en mélange conviennent très bien pour regarnir une prairie pâturée. Il est cependant recommandé d’éviter d’implanter des légumineuses après le mois d’août car elles ne seront pas assez développées pour supporter les premières gelées. Le trèfle blanc devra avoir 3 feuilles vraies et les graminées nécessiteront d’avoir atteint le stade 4-5 feuilles pour supporter le début de l’hiver. Avec la technique du sur-semis, la dose à employer est la même que pour un semis réalisé avec travail du sol. « Ce n’est pas sur ce poste qu’il  faut réaliser des économies » prévient Robert Dardé, « il y a beaucoup de graines qui se retrouvent sur la végétation déjà en place et qui ne lèvent pas. » Avec des sur-semis de mélange contenant de petites graines comme le trèfle, il est conseillé de ne pas semer à plus de 1 cm de profondeur.
Dans tous les cas, « un sur-semis ne s’improvise pas. La technique est déjà aléatoire et travailler dans l’urgence ne peut amener que de mauvais résultats » conclut Robert Dardé.

Quelques clés pour réussir son sur-semis


- Intervenir sur une végétation suffisamment éclaircie.
- Maintenir la végétation en place à une hauteur ne dépassant pas 5 cm.
- Choisir des espèces agressives.
- Semer dans des conditions de germination optimales : sol réchauffé et friable.
- Ne pas semer à plus de 1 cm de profondeur.
- Bien rappuyer après semis.
- Après le semis, limiter le développement du couvert en place en broyant ou en faisant pâturer.
- Pas d’apport d’azote car il favorise les plantes déjà en place au détriment du semis.

Choisir les espèces en fonction de leur agressivité

EspècesDurée de la période semis/levée
en jours
en conditions favorables
Agressivité :
+++ très agressive
à - peu agressive
Brome10-12++
Dactyle15-25+
Fléole15-25-
Fétuque des prés15-25-
Fétuque élevée15-25+
Ray-grass Anglais12-15++
Ray-grass d'Italie5-9+++
Ray-grass Hybride10-12+++
Trèfle blanc8-10++
Trèfle violet8-10++

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