Emploi partagé : « Chacun paie au prorata des heures d’utilisation du salarié »

Depuis janvier 2018, la cuma Villa Tavelis basée en Saône-et-Loire a embauché un salarié agricole à temps plein. Ce dispositif a fait émerger une nouvelle organisation du travail, certe perfectible, mais qui semble d’ores et déjà porter ses fruits.

« La cuma nous permet d’avoir des renforts en générant un seul contrat pour plusieurs adhérents » précise Bénédicte Bonnet, à l’initiative du recrutement de Didier Langlais.

Didier Langlais, ouvrier agricole recruté par la cuma Villa Tavelis, est reconnu pour ses connaissances pointues sur la vigne, son expérience de tractoriste confirmé et sa polyvalence. Cet ancien chef de culture semble être tombé à pic. Ses heures journalières sont réparties en fonction des engagements et des besoins des membres de la coopérative. Rendue possible par la loi Travail et son décret de 2016, qui intègre la fonction « groupement d’employeur » au sein de la cuma, cet emploi partagé se matérialise par un contrat unique.

A l’initiative de cette embauche, Bénédicte Bonnet ne pouvait pas espérer mieux. « Je voulais pouvoir faire souffler mon père à la retraite qui continue de m’accompagner. Et puis avec la pression sociale et environnementale, on a plus de travail du sol à réaliser », notamment du désherbage mécanique. Incapable de supporter financièrement le coût de la recrue à plein temps, cette future maman installée en 2014 a donc logiquement proposé aux autres membres de la cuma, fin 2017, de partager les frais. Avec à la clé, un deal simple : chacun paie au prorata des heures.

Planifier et communiquer

Chaque fin du mois, les membres de la cuma se réunissent pour discuter et préparer le mois suivant. « Cela nous permet aussi de faire le point sur les heures qui ont été faites le mois précédent, de les vérifier avec les autres adhérents. Et ensuite, j’envoie le tout au centre de gestion afin d’établir la fiche de paie », indique la viticultrice. SMS, appels et rencontres quotidiennes finissent de consolider l’organisation déjà bien huilée de la cuma.

Si les choses semblent aller pour le mieux aujourd’hui, quelques situations surprises se sont présentées à l’amorce du projet. « Au début de l’année, au moment de mettre les engrais, il y en a certains qui auraient bien voulu avoir Didier avec eux, mais moi je n’avais pas fini de tailler. On l’avait pourtant bien marqué dans le planning », se remémore Bénédicte Bonnet. Pour autant, rien n’est figé dans la vigne. Un des membres de la cuma, dont la femme avait accouchée en juin dernier, a pu bénéficier de l’aide de Didier grâce à la solidarité des autres adhérents.

Vers plus de coopération

« Pour moi, c’est une découverte. Avant, je n’avais jamais travaillé que pour un seul employeur. Alors là, d’en avoir cinq d’un coup c’est nouveau. […] Ce qui a changé c’est l’organisation du travail, le fait de planifier en avance. C’est un avantage car ça me permet de m’organiser aussi », observe Didier Langlais.

Côté employeur, cette expérience concluante a donné des ailes à la cuma pour engager des saisonniers en avril dernier. « La cuma nous permet de répartir et d’avoir des renforts en générant un seul contrat pour plusieurs adhérents », se réjouit l’agricultrice qui entrevoit déjà d’autres optimisations possibles comme l’application en commun des traitements phytosanitaires.

Cet article est issu du spécial Bourgogne Franche Comté de décembre 2018.

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