Maraîchage en cuma: c’est possible et ils le prouvent

Les maraîchers hésitent souvent à partager du matériel : distance et fenêtres météo étroites les en dissuadent souvent. Mais la mécanisation est souvent une clé de survie de ces exploitations. Deux responsables de cuma témoignaient lors de la journée “MécaLégumes” organisée le 24 septembre.

La réduction de la pénibilité fait partie des raisons pour lesquelles les maraîchers considèrent avec intérêt les démos de matériels dédiés (ici, un enjambeur électrique Ponchon).

Les maraîchers ont autant besoin de se mécaniser que les autres : pénibilité et ergonomie font partie des facteurs qui doivent être maîtrisés pour préserver leur santé et pérenniser une exploitation.

Ce qui explique le succès de la journée dédiée à la mécanisation en maraîchage, organisée le 24 septembre par la fdcuma du Gers et des Hautes-Pyrénées à Monfaucon (65).

maraîchage : nombreux participants lors de la journée pyrénéenne des cuma dédiée aux matériels

Le public, plus jeune et plus féminin que lors des démo « traditionnelles » de matériels agricoles, ici autour des tracteurs maraîchers.

Près de 200 personnes, dont une majorité de professionnels, se sont pressés au Gaec des légumes du Moulin à Monfaucon (65) le 24 septembre dernier.

Outre les machines et les intervention techniques, les participants ont pu écouter et questionner deux responsables de matériels de maraîchage en cuma.

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Branche d’une cuma existante

Les cuma voisines d’En Salvage et de Viviers-les-Montagnes, évoluent dans un secteur d’élevage du Tarn. Quatre maraîchers y ont créé une section maraîchage pour leurs matériels.

La première Cuma qui possède des automoteurs a investi dans un porte-outils automoteur, le Culti’track de Terrateck équipé d’une bineuse frontale pour des surfaces relativement grandes (4 ha en moyenne). La bineuse travaille aussi une fois par an sur les surfaces d’éleveurs en betteraves. La seconde Cuma a elle porté l’investissement d’un semoir maraîcher Monosem qui emblave 10 à 12 ha par an.

Le montant de ces investissement  s’élève à 34 500 € HT pour le Culti’track et la bineuse, et 12 600 € HT pour le semoir.

Yannick Régis, qui préside la Cuma d’En Salvage et est devenu responsable de ces matériels, définit le planning de réservation. “On organise une réunion de fin de saison. Quant aux plannings, à 4, tout le monde les connaît. Les statuts permettent de sécuriser et de cadrer le fonctionnement, et le règlement intérieur permet de clarifier les choses sur chaque outil, en cas de panne, pour les réservations, etc.

Les avantages:

  • « La cuma nous permet d’accéder à des matériels performants »
  • « Les réunions autour des matériels nous permettent d’échanger sur la technique »
  • « Il ne faut pas se voiler la face, la cuma avance de la trésorerie, ce qui permet aux adhérents de payer parfois un an après les travaux. »

Les inconvénients:

« Nous avons fait une demande de subvention, nous ne savons pas si nous l’aurons. »

Le projet

« Nous avons en projet, avec un éleveur voisin, de créer un système de vente automatique de nos produits. Nous envisageons donc l’investissement dans un distributeur de produits en libre service qui pourra servir pour la viande mais aussi les légumes. »

Le conseil de Yannick Régis

“Si vous devez vous raccrocher à une cuma existante pour créer une branche maraîchage, observez bien le fonctionnement et les personnes, voyez si vous êtes en accord. Et si vous êtes ok, allez-y en proposant un projet.”

Une cuma « patates »

La cuma Baratze à Saint-Palais (64) est née peu après un gros changement sur l’exploitation de Jean-Michel Urruty: maraîcher spécialisé à l’origine, il a diversifié ses productions après une épisode climatique compliqué en 2007, en écoulant ses productions via une Amap.

Concrètement, cela signifiait passer d’une douzaine de variétés de légumes à une quarantaine, et une importante demande de pommes de terre.

“Nous avons voulu nous outiller comme des professionnels pour cette culture, car c’était très manuel sinon”, a-t-il détaillé.

En 2011, ce petit groupe de maraîchers négocie la reprise de matériels d’occasion à un agriculteur local entièrement équipé, et constitue la cuma dans la foulée. Entre 2011 et 2016, ma Cuma achète un tracteur, une planteuse, une bineuse, deux pulvérisateurs, une arracheuse et une table de tri, le tout pour 45 500 € HT d’investissement.

Assolement collectif

“Notre particularité: nous travaillons nos pommes de terre en assolement collectif, autour de trois sites de production, pour limiter le transport de machines. Nous nous répartissons également les rôles, pour les commandes de semences, le suivi des cultures. Par contre, la récolte et le tri se font en commun.”

Depuis 2011, le groupe travaille toujours sur 3 ha, “même s’il y a eu beaucoup de turn-over parmi les adhérents. Nous sommes dans une région d’élevage, sans tradition maraîchère, donc le taux de survie des exploitations est aléatoire”, a-t-il noté.

Les avantages

  • « L’accès à de la mécanisation sur des cultures parfois difficiles. »
  • « Nous avons pas mal appris sur les cultures ensemble. »
  • « Nous pouvons bénéficier, via l’intercuma, des matériels d’autres cuma. »

Le conseil de Jean-Michel Urruty

  • « En cuma, vous regroupez tout le monde, des gens qui ont envie de s’impliquer, des gens qui en profitent, il faut le savoir et s’adapter. »

Le projet

  • La cuma Baratze s’insère dans la promotion d’un variété locale de maïs, le Grand Roux Basque. « Nous avons commencé à la commercialiser sous forme de polenta, nous avons donc investi dans un moulin. » Ce qui a permis à la cuma d’intégrer huit nouveaux adhérents et d’investir pour 45 000 € dans une chaîne de transformation, qui va de la brosse à grains à l’ensacheuse, en passant par le moulin.

A lire également : « Un moulin mobile en cuma au Pays Basque »

Risque juridique limité

Les questions ont majoritairement tourné autour du turnover: “Quelle est la responsabilité financière de la cuma et des autres adhérents en cas de turnover d’un adhérent?” a par exemple interrogé un participant.

“C’est ce à quoi servent les bulletins d’engagement”, a rappelé Mireille Fraysse, directrice des fédérations de cuma du Gers et des Hautes-Pyrénées, qui avait auparavant expliqué les fondamentaux et les prérequis nécessaire pour travailler en Cuma à ce public qui connaissait pas ou peu le réseau.

« Dans le cas d’une faillite financière d’une exploitation, le conseil d’administration peut, exceptionnellement, décider de laisser partir un adhérent avant la fin de son engagement, mais les charges fixes vont se reporter sur les adhérents restants. Dans ce cas, le conseil peut allonger la durée d’amortissement des matériels sur lesquels cet adhérent était engagé, ce qui est logique puisqu’ils seront moins utilisés.

Mais l’allongement de la durée d’amortissement, implique aussi l’allongement de l’engagement des adhérents et donc la mise à jour du bulletin d’engagement, a souligné Raphaëlle Poissonnet, animatrice des FD cuma du Gers et des Hautes-Pyrénées. Enfin, si un nouvel adhérent apporte de l’activité, il peut permettre de laisser partir un adhérent qui en a fait la demande. »

Autre inquiétude: “une cuma peut-elle faire faillite?” Réponse de Yannick Régis, de la cuma d’En Salvage: “C’est possible pour une petite cuma avec une activité. Après, il y a toujours le prix de revente du matériel. Et c’est dans les faits assez rare car les cuma comptent en général plusieurs activités qui permettent d’équilibrer les situations.”

Jean-Pierre Doat, président de la Cuma La Belmontaise et administrateur à la FD CUMA du Gers a aussi souligné l’importance d’intervenir tôt en cas d’impayés : « Il ne faut pas attendre qu’il y ait le feu à la maison, mais dès qu’il y a un peu de fumée, il faut intervenir. L’adhérent en difficultés doit venir parler aux administrateurs de la Cuma et s’il ne le fait pas le président ou le trésorier doit réagir. On peut trouver des solutions pour que la situation reste vivable pour l’adhérent et ne mette pas en péril la Cuma non plus ».

Nicolas Cachenaut, animateur des cuma dans les Pyrénées-Atlantiques, a rappelé que la meilleure solution pour passer le cap, en cas de difficulté d’un adhérent, reste de trouver d’autres adhérents. “Il faut faire vivre les groupes”, a-t-il rappelé, avant de préciser que “les cuma constituent la structure juridique dans laquelle votre risque juridique est le plus limit é: il est plafonné à deux fois le montant de votre capital social.”

Partage en maraîchage : le travail reste à faire

C’est à Mélanie Martin, présidente de la cuma Maraîchage 40 , qu’est revenu le mot de la fin : « Les cuma ont permis, au cours de l’histoire, de moderniser les exploitations. Dans le secteur du maraîchage, ce travail reste à faire, car la pénibilité doit être prise en compte. »

maraîchage : les participants à la démo étaient invités à tester les matériels

Mélanie Martin, présidente de la cuma landaise Maraîchage 40, a testé des matériels le jour de la démo.

« Le réseau cuma a un gros travail à effectuer pour prendre en compte ces nouveaux agriculteurs, qui sont souvent plus jeunes et néoruraux, et qui peuvent permettre de rajeunir les adhérents. Une population qui n’a pas non plus d’historique avec les cuma », a-t-elle analysé.

Puis, s’adressant aux participants : « N’ayez pas peur de vous lancer avec un ou deux matériels. Vos collègues viendront d’eux-mêmes. »

A lire également sur ce sujet : « Espace test agricole landais : maraîchage en avant toute ! »

 

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