Est-il possible de se passer de glyphosate pour mener des grandes cultures rentables ? Globalement, oui. Sauf qu’il existe des impasses techniques fortes, que le projet Agile tente de faire sauter. Et dans le cas de ces situations complexes, la réponse à la question serait plutôt non. Ou, du moins, oui mais pas à tous les coups. Retour sur l’alternative au glyphosate en grandes cultures.
Quand des adventices résistent au glyphosate
Arvalis, Terres Inovia, l’Institut agro de Montpellier, l’Association pour la promotion d’une agriculture durable (Apad) et la fédération nationale des cuma se sont concentrées sur les solutions de désherbage mécaniques et agronomiques. Ces recherches sont-elles anachroniques en ces temps où l’on parle de loi d’urgence agricole ? Non selon leurs auteurs. Au-delà de l’aspect politique, ils souhaitent surtout trouver des solutions lorsque le glyphosate n’est plus efficace à cause d’adventices résistantes.
Chaque fois il s’agissait de juger quels agroéquipements et quels itinéraires techniques alternatifs aux références avec glyphosate pouvait être efficaces d’abord économiquement, puis sur le plan environnemental.
Alternative au glyphosate en grandes cultures : outils animés et météo séchante
Point commun aux situations d’impasse technique à la substitution du glyphosate, la présence de graminées tallées. Le seul moyen de faire place nette en vue d’un semis est alors d’utiliser des outils animés qui travaillent en plein, de préférence à plus de 4 cm de profondeur. Mais pour permettre le passage de ces engins et éviter les repiquages, il faut un climat séchant.
Or ces conditions météo sont quasi-impossibles en France en octobre-novembre et février-mars, qui font partie des périodes où des destructions de couverts ou d’adventices seraient requises. Dans le détail, le projet Agile a étudié trois situations dans lesquelles il semble infaisable de cultiver sans cette matière active.
Impasse « Sols argileux hydromorphes »
Des essais menés dans le contexte du marais vendéen sur une rotation maïs/blé dur/tournesol/pois chiche ont montré des résultats contrastés, quoiqu’encourageants.
- Référence : décompactage et labour en été, herse rotative en automne, sol nu et préparé en hiver (dérogation pour ne pas couvrir les sols), glyphosate et semis.
- Alternative 1 : un passage de vibroculteur à pattes d’oie début avril a remplacé le glyphosate de la mi-mars.
- Alternative 2 : un passage de herse rotative en avril a remplacé le glyphosate de la mi-mars.
Si on focalise sur le maïs, durant les 3 ans de l’étude, les niveaux de rendements et de salissements sont proches, tout comme ceux des fertilités physiques et biologiques des sols. Toutefois, certains semis retardés d’une dizaine de jours ont généré des récoltes plus humides (de l’ordre de 5 points). À plus long terme se pose la question du nombre de jours disponibles pour le travail mécanique, en particulier sur des surfaces supérieures à celles de l’essai.
La ferme de référence inclut du pois chiche dans la rotation. La substitution du glyphosate par les méthodes mécaniques des deux alternatives n’autorise pas assez de fenêtres météo pour le désherbage avant le semis. Par conséquent, elle devrait supprimer cette légumineuse de son assolement, un point faible des deux alternatives.

En sols hydromorphes, les outils animés comme la herse rotative aideraient à trouver une alternative au glyphosate en grandes cultures. (©Entraid Médias)
A l’échelle de l’exploitation et de la rotation, les alternatives demandent 2 à 6 % de temps de travail supplémentaire. Les marges nettes estimées (avec aides et hors MSA) seraient équivalentes à celle de la référence. En effet, à rendements inchangés, la baisse des charges en herbicides compenserait la hausse des frais de GNR. Point de vue environnemental, malgré des indices de fréquences de traitement en baisse, les alternatives affichent de moins bons scores sur la vie du sol (indice de perturbation du sol accentué de 8 à 12 %).
Alternative au glyphosate en grandes cultures : Impasse « agriculture de conservation »
L’agriculture de conservation des sols (ACS) repose beaucoup sur le glyphosate. En effet, ce produit est le meilleur moyen pour faire place nette sans travailler le sol et favoriser la culture suivante.
- Référence : broyages et traitement au glyphosate ;
- Alternative 1 : ajout rouleau faca ;
- Alternative 2 (outil animé) : ajout fraise et/ou herse rotative au printemps et avant semis ;
- Alternative 3 (outil non animé) : ajout scalpeur et/ou vibroculteur au printemps et avant semis.
À l’échelle de l’exploitation en ACS étudiée, les alternatives avec outils animés obtiennent les meilleurs résultats technico-économiques. Or les jours disponibles sont difficiles à trouver. S’équiper d’un outil animé plus large, pour augmenter le débit de chantier, entraînerait des charges et des risques de compaction accrus.
Concernant la culture du maïs, les alternatives avec outils animés affichent de bons résultats par rapport à la référence, mais cela au détriment des règles de l’ACS. Car les sols sont travaillés, et les indicateurs de biodiversité sont dégradés, pénalisés de 55 à 236 %.
En blé, les performances technico-économiques des alternatives ne sont pas intéressantes.

Le scalpeur fait partie des solutions à combiner pour se passer du glyphosate dans des itinéraires avec peu de travail du sol. (©Entraid Médias)
A l’échelle de l’exploitation et de la rotation, les alternatives demandent 7 à 20 % de temps de travail supplémentaire. A court terme, les marges nettes (avec aides, hors MSA) estimées seraient équivalentes à celle de la référence. En effet, à rendements inchangés, la baisse des charges en herbicides compenserait la hausse des frais de GNR. Point de vue environnemental, les alternatives sont équivalentes à la référence en émissions de GES, mais affichent de très mauvais scores sur la vie du sol (indice de perturbation du sol majoré de +43 à +280 %). Sans compter que les principes mêmes de l’ACS, bénéfiques sur le temps long, ne sont plus tenus.
Impasse « sols superficiels argilo-calcaires »
Les sols superficiels argilo-calcaires donnent du fil à retordre si on veut se passer d’un désherbant chimique total. Le travail du sol y est difficile en raison de sa faible profondeur, des risques de compaction et des taux de cailloux élevés, de la terre parfois difficile à affiner… Les résultats obtenus sur tournesol sont à prendre avec des pincettes. En effet, les relevés n’ont été faits que sur une année.
- Référence : juillet-août : déchaumage (disques et dents) + roulage + glyphosate. Novembre : broyage du couvert + déchaumage à dents. Mi-mars-début avril : vibroculteur + glyphosate.
- Alternative 1 : outil non animé : un passage de déchaumeur à disques remplace le glyphosate le 18 août. Un passage de vibroculteur à pattes d’oie remplace le glyphosate du 1er avril.
- Alternative 2 (outil animé) : un passage de herse rotative remplace le glyphosate du 18 août. Un passage de fraise rotative remplace le glyphosate du 1er avril.
- Alternative 3 (labour superficiel) : un passage de herse rotative remplace le glyphosate du 18 août. Un passage de charrue déchaumeuse remplace celui du déchaumeur à dents du 15 novembre, un passage de fraise rotative remplace le glyphosate du 1er avril.
Le contexte de l’essai n’a laissé que peu de surfaces pour étudier les alternatives au glyphosate. La hausse du travail induit et les surcoûts de carburant sont donc limités. Seule la modalité avec labour superficiel obtient une marge nette supérieure ou égale à celle de la référence en tournesol.

La charrue déchaumeuse montre des résultats prometteurs en sols superficiels argilo-calcaires pour contribuer à se passer de glyphosate. (©Entraid Médias)
A l’échelle de l’exploitation et de la rotation, les alternatives demandent 3 à 6 % de temps de travail supplémentaire. Leurs marges nettes (avec aides, sans MSA) estimées seraient légèrement inférieures à celle de la référence (égale ou inférieures de 2 à 5 %). En effet, à rendements inchangés, la baisse des charges en herbicides compenserait la hausse des frais de GNR. Point de vue environnemental, les alternatives sont équivalentes à la référence en émissions de GES, mais affichent de mauvais scores sur la vie du sol (+12 à 20 % de perturbation du sol).
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