Des plaquettes pour ne pas rester sur la paille

Au regard des conditions difficiles de semis de céréales cet automne, la Fdcuma Deux-Sèvres s’inquiète d’une potentielle pénurie de paille pour l’hiver prochain et relaie l'alternative des plaquettes de bois

Les éleveurs Deux-Sèvriens inquiets des risques d’un manque de paille s’intéressent à l’utilisation de plaquettes de bois en guise de litière.

Déchiqueter des branchages issus de haies pour en faire des copeaux pour litière peut être l’une des solutions pour suppléer au manque de paille. Beaucoup de haies sont encore présentes dans certains secteurs des Deux-Sèvres. Elles ne sont pas toujours bien valorisées et peuvent même également coûter cher à entretenir! En faisant ce constat, la Fédération des cuma a amorcer une vraie réflexion sur le sujet plaquettes bois et litière animale.

Une première réunion a été organisée le 29 janvier pour parler de l’utilisation des copeaux en litière. Avec les témoignages d’Hervé Bernier et de Philippe Delion qui pratiquent déjà cette technique sur leurs exploitations dans le secteur de Bressuire. Premier constat: essayer de s’approvisionner dans des haies hautes plus productives. Cela implique peut-être une gestion différente de l’entretien des haies. Ainsi, les plus gros morceaux sont couramment valorisés déjà en bois buches par les agriculteurs. Attention toutefois à ne pas laisser que des menus branchages à déchiqueter, car il n’y aura que peu de rendement!

Déchiqueter en vert à 30–35 mm et stocker à l’abri

L’exploitation de la haie peu débuter en août en phase de sève descendante. Et se terminer en février à la fin du repos physiologique. Le broyage de bois doit si possible se faire «vert», c’est-à-dire quelques semaines après l’exploitation de la haie. Les copeaux peuvent être utilisés sous plusieurs types d’animaux (bovins, ovins, caprins, porcins) sans provoquer de blessures. Mais à la condition que les copeaux soient assez fins (30 à 35 mm maxi).
Le tas de plaquettes doit être haut et peu large pour favoriser la montée en température. Et si possible réalisé à l’abri d’un bâtiment. Si le stockage se trouve à l’extérieur, il est impératif d’utiliser une bâche spécifique aérée. Cela laissera passer l’air mais pas l’humidité. Trois mois environ après le stockage, les plaquettes peuvent être utilisées en litière.

 

Plaquettes bois et litière

Plaquettes issues de la déchiqueteuse de la cuma La Louve équipée d’une machine Bugnot.

7 à 10 cm d’épaisseur de litière et un meilleur pH

Une litière de 7 à 10 cm d’épaisseur valorisera l’ensemble du pouvoir absorbant des copeaux. Une couche de 15 à 20 cm est également possible, mais elle imposera un brassage régulier de la litière sous peine de retrouver des copeaux intacts lors du curage. Cette litière peut ensuite rester en place de 15 jours à un mois avant d’être réapprovisionnée ou curée. «La couleur foncée de cette dernière est déroutante mais c’est l’état de salissement des animaux qu’il faut regarder» insistent Philippe Delion et Hervé Bernier.
Concernant l’épandage, différentes études ont montré que le pH du fumier de copeaux était souvent supérieur aux fumiers pailleux. Il faut cependant éviter de mettre des résineux purs ou des bois riches en tanin dans les litières.

Plaquettes bois e litière

Plaquettes issues de la déchiqueteuse de la cuma du Bocage équipée d’une machine Noremat.

Démonstration convaincante

Suite à cette première réunion, une démonstration qui a rassemblé plus d’une centaine de personnes s’est tenue au cœur de la Gâtine à Saint Pardoux le 19 février 2020. Le choix de ce lieu n’est pas anodin car c’est un secteur bocager ou il y’a beaucoup de haies. L’objectif était de présenter différentes déchiqueteuses en action. La déchiqueteuse Noremat de la cuma départementale du Bocage (diamètre maxi de section de branches/tronc 60 cm) était présente. Ainsi que trois modèles de plus petite capacité de la marque Bugnot (diamètre maxi de 20, 25 et 30 cm).

Veiller à un chargement performant

Deux constats sont ressortis de cette journée:
– pour avoir du débit de chantier, il faut un système de chargement performant et des tas de branches bien confectionnés. En effet, deux machines était pourvus de grue avec grappin de chargement. Et un grappin de la société Bugnot était monté sur un chargeur télescopique.
les tas doivent être confectionnés avec la base des troncs vers la déchiqueteuse. Ils doivent être également exempts de terre et de tout corps étranger.
La participation de l’entreprise locale Desnoue avec une pelleteuse équipée d’un grappin coupeur et un débardeur a été aussi l’occasion de faire voir au participants que l’intégralité du chantier peut être mécanisable. Trois témoignages d’agriculteurs utilisant des copeaux se sont également succédés.

Projet intercuma

Suite à cette démo, une dernière réunion s’est tenue le 11 mars 2020 pour voir ce qui était envisageable sur ce sujet. Peu de participants sont venus mais chacun représentait une cuma du secteur de la démonstration. Une grue de chargement sur la machine apparaît nécessaire, tant pour réduire la pénibilité que pour assurer du débit de chantier. D’autre part, le diamètre des branches à traiter doit être supérieur à 30 cm, ou du moins avoir un canal assez grand pour pouvoir accepter certaines fourches sans les séparer par un coup de tronçonneuse. Des modèles intermédiaires de déchiqueteuses dotées d’une grue à grappin et pouvant accepter une section de branches/tronc allant jusqu’à 45 cm de diamètre, existent.

Face au tarif assez élevé de ces machines, la cuma la Gâtinaise de Parthenay s’est portée volontaire pour porter le projet. Elle a déposé un dossier de demande d’aide dans le cadre du PCAE. D’autres cuma se sont dites prêtes à prendre des parts par le biais de l’intercuma dans l’activité. Ce qui sera nécessaire pour avoir un tarif acceptable de 5 à 7€ du m³ (hors traction et main d’œuvre).

Plaquettes bois et litière: 3–4 m³ de copeaux= 1 t de paille

Rappelons que 3 à 4 m 3 de copeaux équivalent à une tonne de paille. D’autres déchiqueteuses pouvant produire des copeaux pour le paillage sont disponibles sur le département: la déchiqueteuse de la cuma du Bocage (pouvant intervenir sur l’ensemble du département), le broyeur de la cuma la Louve de Chanteloup (secteur Bressuire), et enfin le projet d’achat de la cuma l’Espérance de Saint Maurice la Fougereuse (Nord 79 et Sud 49).
La majorité des agriculteurs intéressés par le projet ont à cœur de véhiculer une image positive envers le grand public concernant la gestion de l’environnement via l’entretien et la valorisation de la haie. Une technique bonne pour le bien-être des animaux qui génèrent aussi quelques économies pour les agriculteurs.

A lire tous nos articles sur la litière bois 

 

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