La sécheresse qui a envahi le territoire tout entier a stressé les sols et leur travail est devenu impossible. Toutefois, il n’y a pas péril en la demeure et les agronomes estiment qu’il vaut mieux attendre un cumul de pluie significatif avant de retourner dans les champs. Entretien avec Benoît Harboux, conseiller à la chambre d’agriculture des Ardennes, sur comment réussir ses semis de couverts dans un sol sec.
Les conditions sèches ne sont pas propices au travail du sol, que peuvent faire les agriculteurs ?
Surtout rien ! Le soleil, le sec et les pics de chaleur dégradent le sol et s’il est couvert de paille ou de résidus de récolte, il est protégé des UV. Pour le moment, la terre n’est pas encore suffisamment réhumectée sur toute sa profondeur pour que l’on puisse la travailler.
L’eau libre du sol que l’on trouve dans les macroporosités est en profondeur, celle liée stockée par la microporosité a, elle aussi, disparue. Tout comme celle qui lie les agrégats entre eux. Travailler le sol risque de faire de la poussière et ainsi le déstructurer. Ce serait pire !
Pourtant, la réglementation oblige d’enfouir les effluents épandus ou d’implanter des couverts notamment. Comment peuvent faire les agriculteurs pour y répondre ?
Prendre patience. C’est difficile pour eux car ils ont la pression de toute part. De la réglementation ou d’un point de vue organisationnel notamment. Ils voient les chantiers à réaliser et ne veulent pas prendre trop de retard. L’idéal serait de semer un couvert relais à faible densité du type moutarde. Celle-ci protégerait les sols ces prochaines semaines, permettrait un épandage sans volatilisation avant d’implanter un vrai couvert. Pour ces derniers, les agriculteurs peuvent encore les implanter début septembre.
Avec les conditions actuelles, la vie du sol est quasi inexistante. Les micro organismes, s’ils ne sont pas morts sont descendus dans les profondeurs. L’activité biologique est donc réduite. Le soleil en surface accélère la décomposition des pailles d’où l’intérêt de les laisser couverts si possible.
Peuvent ils accélérer la réhumectation des sols ?
Le seul moyen passe par la matière organique. Elle permet aussi de compenser les pertes liées aux conditions de cet été. Un sol nourrit, c’est une vie microbiologique intense qui dégrade les éléments du sol et permet une bonne structure.
Avec un sol grumeleux en profondeur, la réhumectation sera plus rapide. Si on vient travailler le sol, l’outil risque de casser la porosité verticale. Le sol sera humide mais uniquement sur les premiers centimètres, pas sur la profondeur.
Pour les semis de couverts, y a t-il des outils plus adéquats à cette situation ?
Les semoirs à dents sont assez propices aux conditions météo. L’humidité superficielle induite par les ondées de ces derniers jours va rendre difficile le travail des outils à disque. Le résidus de récolte ne vont pas bien se couper et la graine risque de ne pas être implantée dans la terre.
Avec un outil à dent, le sillon permet d’assurer le contact entre la graine et le sol et ainsi favoriser la germination. Avec un semoir à dents, on limite le travail du sol et ainsi les risques de battance et d’érosion. C’est une première étape vers un non travail du sol. D’autant que ces équipements restent moins onéreux
Et peut-on espérer encore réussir à faire des faux semis ?
Oui, grâce à un déchaumage qui permettrait de faire lever les adventices. Mais honnêtement, cela fait des décennies que les agriculteurs déchaument et réalisent des faux semis.
Pourtant, la pression adventices est encore très élevée. Je ne suis pas certain que cette problématique soit réglée avec le déchaumage.
De quelle quantité d’eau ont besoin les sols pour que l’humidité s’infiltre correctement ?
Cela dépend des situations. Mais dans la majorité des secteurs des Ardennes, j’estime qu’il faudrait qu’il pleuvent au moins 50 millimètres. Même si les pluies sont enfin arrivées, le compte n’y est pas du tout. Comme pour toute opération, il faut attendre de bonnes conditions pour commencer à travailler le sol.
Trop tard pour les légumineuses en couvert
Dans une note d’Arvalis du 21 août, l’institut technique rappelle que les légumineuses et les espèces gélives doivent être suffisamment développées avant l’hiver pour espérer en tirer un bénéfice. « Pour les cas où les couverts sont détruits entre novembre et février, semer fin août des associations d’espèces incluant des légumineuses n’est ni techniquement justifié, ni économiquement rentable, lance Arvalis. Dans la mesure du possible, mieux vaut envisager un couvert moins coûteux et plus vigoureux. Les crucifères (moutardes et radis) sont de très bons candidats pour des semis de fin août-début septembre. La phacélie, le seigle ou l’avoine gardent de l’intérêt à ce jour. »
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