Sécheresse: 2018, un millésime difficile et atypique

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"La sécheresse a touché tous les secteurs d'activité agricole, en particulier l'élevage et les grandes cultures", explique Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA

15/11/2018 - 13:00

La sécheresse de 2018, qui a touché trois quarts des départements français selon la FNSEA, s'est révélée atypique par rapport aux millésimes 1976, 2003 ou encore 2011 restés dans les mémoires, car elle s'est largement prolongée pendant l'automne.

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Une sécheresse atypique

Après un excès d’eau au printemps, la pluviométrie a été insuffisante durant tout l’été et une grande partie de l’automne. Ce déficit hydrique joint aux températures hors normes a accentué la sécheresse des sols en surface, et a empêché les nappes souterraines de se remplir normalement.

Durant l’automne, plus de 60 départements français ont été touchés par des restrictions d’eau, selon le site internet ministériel Propluvia. Au 12 novembre, 31 départements étaient encore concernés par des arrêtés préfectoraux de restriction d’eau, en particulier dans les régions Grand-Est, Bourgogne-Franche-Comté, Auvergne-Rhône-Alpes et Hauts de France.

Productions touchées

« La sécheresse a touché tous les secteurs d’activité agricole, en particulier l’élevage et les grandes cultures », explique Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, qui évoque notamment 30% de surface en moins sur les cultures de colza, « avec des colzas qui n’ont pas levé en raison de la sécheresse ».

Le rendement du maïs est estimé en baisse de 13,3% par rapport à 2017, indique Agreste, service de la statistique du ministère de l’Agriculture, détaillant que le rendement du maïs irrigué a reculé de 5,3% en 2018, celui du maïs non irrigué a chuté de 19,5%.

Concernant l’élevage, « la sécheresse a obligé les éleveurs à puiser dans les stocks d’aliments prévus pour l’hiver prochain et les a incités à réduire le cheptel, a l’ajuster au plus près pour économiser ces réserves fourragères », souligne Gérard You de l’Institut de l’élevage (Idele).

Le risque selon M. Limouzin, c’est la décapitalisation: « il faudra plusieurs années à ces exploitations pour remonter un cheptel ».

De plus, « la production laitière en France montre un net décrochage depuis le mois d’août. Cette tendance devrait se poursuivre au cours des prochains mois par manque de stock fourrager dans de nombreuses régions », selon Benoît Rouyer, économiste au Cniel, l’interprofession laitière.

Fonds des calamités agricoles

Très peu d’agriculteurs souscrivent à une assurance récolte, les exploitants qui sont confrontés à des pertes en raison de la sécheresse doivent donc demander l’activation du Fonds National de Gestion des Risques Agricoles (FNGRA) par le biais du régime des calamités agricoles afin d’être indemnisés.

Le Comité national de Gestion des Risques en Agriculture (CNGRA) se réunira trois fois (décembre, janvier et février) afin que les départements concernés soient reconnus au titre des calamités agricoles.

Une fois la reconnaissance de sécheresse accordée territoire par territoire, les agriculteurs des zones concernées pourront déclarer individuellement leurs pertes et demander des indemnisations. Le ministère de l’agriculture a indiqué que ceux qui utiliseront la télédéclaration, via le site « telecalam », pourront bénéficier d’acomptes de 50% au lieu de 30%.

Selon le député LREM Jean-Baptiste Moreau, les aides vont représenter « entre 5.000 et 7.000 euros par exploitation », mais « elles ne suffiront pas ». Il dit craindre « un grand nombre de cessations d’activité du Massif Central au Grand Est de la France, en passant par la Bourgogne ».

Prévenir

Pour l’Institut de l’élevage, un printemps trop pluvieux suivi d’un été trop sec et chaud est une situation « identifiée comme une des combinaisons à risques les plus étudiées » par l’étude Climalait, conduite avec des groupes d’éleveurs dans différentes zones de France car cette combinaison pourrait devenir de plus en plus fréquente. Les éleveurs travaillent donc sur la manière d’adapter la conduite et l’alimentation des troupeaux.

Selon le syndicat majoritaire, « il y a urgence à mettre en place des outils efficaces de gestion des risques, qu’il s’agisse d’améliorer les assurances, de se doter de moyens de prévention ou de développer une politique ambitieuse de stockage de l’eau ».

Le gouvernement a prévu dans son projet de loi de finances 2019 un assouplissement du dispositif de déduction pour aléas, qui permet aux agriculteurs de se constituer durant les bonnes années une épargne de précaution.

Face au risque d’aridification dans le sud et de « méditerranéisation » des zones comprises entre les Charentes et l’Alsace, un rapport du Conseil Général de l’Alimentation et de l’Agriculture (CGAAER) de juin 2017 plaide pour un assouplissement des politiques publiques autour de l’irrigation. En novembre, le deuxième volet des Assises de l’eau, lancées par le gouvernement, devrait se pencher sur le dossier.

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