En route vers la sobriété énergétique

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En route vers la sobriété énergétique

Une production alimentaire moins consommatrice d'énergie peut aussi libérer des terres agricoles selon les scénarios.

Les leviers de sobriété énergétique dans les fermes sont connus et doivent se déployer davantage. Mais une agriculture moins gourmande en ressources viendra aussi de la transformation des régimes alimentaires de toute la société.

La consommation énergétique du secteur agriculture, forêt et pêche s’élevait à 4,5 millions de tonnes équivalent pétrole (MTEP) en 2015, soit moins de 3 % de la consommation d’énergie française. Il s’agissait à 75 % de produits pétroliers, 16 % d’électricité, 6 % de gaz et 3 % d’énergies renouvelables. Plus de la moitié des consommations sont des carburants, suivis par le chauffage des bâtiments d’élevage et des serres. Beaucoup de solutions sont déjà mises en œuvre afin de tendre vers la sobriété énergétique. Dont : techniques culturales simplifiées, conduite économe des tracteurs, pompes à chaleur, isolation des bâtiments, etc. Dans l’étude coordonnée par l’Ademe (Agence de la transition écologique), la diffusion de ces solutions permettrait à l’horizon 2050 une économie comprise entre 26 % pour un scénario tendanciel, à 43 % pour un scénario volontariste. La perspective est donc encourageante.

Génération frugale

Toutefois, les exploitations agricoles consomment également de l’énergie de manière indirecte via les achats d’intrants. Engrais, produits phytosanitaires et aliments pour le bétail, notamment. Or la réduction de ces consommables, énergivores dans leur fabrication, s’envisage via une refonte beaucoup plus profonde des systèmes agricoles. Conversion à l’agriculture biologique pour supprimer les traitements chimiques, développement des légumineuses fixant l’azote atmosphérique pour réduire l’azote minéral,. Egalement baisse du cheptel pour consommer moins d’aliments. Ces évolutions ne peuvent se faire qu’à condition d’être accompagnées par des politiques publiques cohérentes et par une évolution des régimes alimentaires chez l’ensemble des citoyens.

C’est ce que l’Ademe a imaginé dans son étude prospective Transition(s) 2050 publiée en 2021. Elle y élabore quatre scénarios visant à atteindre la neutralité carbone en France en 2050. Les deux premiers, nommés Génération frugale (S1) et Coopérations territoriales (S2), mobilisent plus particulièrement le levier de la sobriété énergétique, et plus largement de la régulation de la demande.

Sobriété énergétique : moins d’eau et de terres consommées

Ainsi, la consommation de viande est divisée par trois dans le scénario S1. Par deux dans le scénario S2. Cela permet une extensification des élevages et une alimentation animale produite localement. L’alimentation humaine devient plus sobre, plus végétale (légumineuses), issue de productions durables et relocalisées. La part de la production biologique est de 70 % dans le scénario S1 et de 50 % dans le scénario S2.

Ces évolutions sont source de sobriété énergétique également dans la consommation d’eau pour l’irrigation (1,8 milliard de mètres cubes pour S1 et 2,3 milliards pour S2, contre 3,3 milliards en 2020) et de terres agricoles (25,6 millions d’hectares pour S1 et 27,7 millions pour S2, contre 28,8 millions en 2015). Des terres sont donc potentiellement libérées pour stocker du carbone (forêts). Mais aussi pour produire de la biomasse à destination du secteur des matériaux biosourcés ou de la production d’énergie renouvelable.

Du point de vue de la consommation énergétique directe, les quatre scénarios envisagent une baisse de la demande (en particulier S1 et S2) et la part d’énergies renouvelables atteint au minimum 70 % (plus de 85 % pour S1 et S2).

« La force de cette étude prospective est d’être un exercice systémique, sachant que l’agriculture est imbriquée dans un tout. Elle est interdépendante des évolutions de la société, commentent les experts de l’Ademe. La question de la sobriété énergétique s’envisage de façon globale, en se projetant collectivement vers un nouveau modèle de société. »

Réduire les flux d’entrée dans l’exploitation agricole

L’exploitation agricole du lycée de Pixérécourt, en Meurthe-et-Moselle, s’est engagée il y a plus de dix-sept ans dans une réflexion et une transition visant à réduire sa consommation énergétique. Elle s’est en effet fixé pour objectif de produire le volume de lait permis par ses propres ressources fourragères. Le développement du pâturage, entraînant la baisse de consommation de carburant pour récolter les fourrages. Egalement pailler les bâtiments et épandre le fumier. Le gabarit des animaux a été réduit à l’aide de croisements pour augmenter leur efficacité alimentaire. Le niveau de production par vache a diminué.

Le travail des sols est effectué de manière plus superficielle et l’usage d’azote minéral a chuté par l’introduction de légumineuses dans les prairies et les mélanges céréaliers. L’installation d’un pré-refroidisseur de lait a permis des économies d’électricité. « Notre stratégie a consisté à optimiser les flux à l’intérieur de notre système, de façon à réduire les flux d’entrée, c’est-à-dire notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur, résume le directeur, Jérôme Joubert. Cette stratégie est transposable à toute exploitation agricole : elle permet de moins subir les aléas. Cependant, il faut avoir conscience que les fournisseurs vivant des intrants ont peu d’intérêt à défendre ce type de système. »

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