Désileuse: son acquisition est originale, son renouvellement fera-t-il figure d’exception?

Elevages
La distribution, les vaches attendent

Chaque jour ou presque, que leur propriétaire soit là, ou pas, 650 bovins comptent sur Denis Bourdin et sa Dobermann pour avoir le plein de leur gamelle. Le chauffeur de la cuma de la Motte s’arrête sur sept sites. Sa tournée est longue de 25km. Production globale du groupe : environ 3,5Ml. (©Arnaud Jeanne)

04/11/2016 - 10:37

En 2015, la cuma de la Motte (Orne) a pris le relais d’un éleveur qui avait initié une tournée en tant que prestataire. Elle est devenue une cuma de désilage. L’histoire originale d’un groupe pour lequel se pose désormais la question du renouvellement de l’outil de travail.

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Faire faire la distribution des aliments leur coûte «25€/j hors taxe». Arnaud et Aurélie Jeanne ont fait les calculs pour leur élevage (70 laitières, la suite, pour 565.000l) : le travail est de qualité, ce choix leur dégage un temps d’astreinte quotidienne que l’éleveur estime à une heure et «ça coûte moins cher que d’avoir une mélangeuse et deux tracteurs qui tournent tous les jours.»

Et si tout méritait d’être étudié?

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Arnaud Jeanne est associé avec sa femme. Ils élèvent 70 laitières et la suite. Ensilages, foins, enrubannage, maïs, herbe, méteil ou paille… Ce n’est pas une contrainte du matériel de distribution qui guide leurs décisions de la nature du fourrage ou de son mode de conservation.

Auparavant, il travaillait avec sa désileuse-pailleuse. Grâce au groupe, son cheptel accède à une ration mélangée. Arnaud Jeanne glisse notamment que cela a un effet bénéfique sur les coûts vétérinaires. «Nous n’aurions jamais pu le faire individuellement», reconnaît-il. Ses collègues du groupe n’étaient pas tous dans la même situation. Début des années 2010, dans la campagne au sud de la Ferté-Macé (61), un éleveur avait lancé l’idée de se rassembler pour investir. «Nous étions une quinzaine à nous être intéressés», se souvient Arnaud Jeanne, à l’époque tout juste installé.

En définitive, seules six entreprises étaient réellement partantes. «Nous nous sommes dit que nous étions trop peu nombreux et que cela nous couterait trop cher.» Il était question de charges supérieures à 20€/1.000l… Fin de la réflexion, chacun est retourné à sa solution individuelle. Voire à son investissement. Ce fut le cas de Jean-Marc Champain qui a alors acheté un bol mélangeur.

Service initié en prestation à 21€/1.000l

La machine, les deux tracteurs qui tournent… «Un jour, Jean-Marc m’a dit qu’il se préparait à acheter une automotrice», relate Arnaud Jeanne avant de poursuivre: «Je lui ai dit que dans ce cas, j’étais intéressé pour qu’il vienne faire de la prestation chez moi.» Et comme trois autres élevages ont formulé cette même réponse, Jean-Marc Champain a finalement acheté une machine neuve et embauché un chauffeur pour assurer l’alimentation de son cheptel et de celui de ses voisins, moyennant 21€/1.000l.

50% volume de production, 50% temps

Un an et demi plus tard, un 6e élevage a souhaité intégrer la tournée. «Ce n’était plus possible pour la compta de Jean-Marc», donc le groupe a opté pour la solution cuma, en s’appuyant sur une de leurs cuma existantes, la cuma de la Motte. En avril 2015, la machine a changé de propriétaire; son chauffeur, d’employeur et pour les éleveurs, le coût s’est réduit: «On est autour de 16,50€/1.000l», en intégrant une marge de sécurité. La facturation tient compte du volume de production annuelle et du temps passé, à parts égales.

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50% du tarif du désilage est fonction du temps passé par le chauffeur. Ce mode de calcul encourage à optimiser l’agencement du corps de ferme. Au gaec de la Melletière, les silos (maïs, maïs épi, herbe) sont concentrés et Arnaud Jeanne dépose les autres ingrédients à proximité.

4.500heures, 3 ans de service. La question du renouvellement de la machine se pose. Débouchera-t-elle sur un investissement? «Ce sera une décision du groupe» qui, pour le moment, n’a pas statué. Néanmoins, quelques chiffres lui sont déjà accessibles. Arnaud Jeanne analyse: «Nous avons déjà fait quelques frais» pour changer des pièces importantes. Il ne reste d’ailleurs plus que la fraise à changer, compter tout de même 5.000€ de pièces. «Vu le parc des machines d’occasion», pas sûr que les sommes déjà engagées pour remplacer les deux convoyeurs puissent être valorisées à la revente de l’automotrice.

Mais le vrai chiffre qui invite à la réflexion est inscrit sur un devis: «Pour la même machine, neuve, on nous propose une soulte de 120.000€ et en récupérant le logiciel de pesée, les aimants rotatifs en sortie… sur la machine actuelle.» Arnaud Jeanne calcule que le montant d’emprunt à rembourser gonflerait de 600€/mois.

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La machine de la cuma de la Motte est une Storti Dobermann achetée en 2013 par un des éleveurs du groupe, puis rachetée par la cuma en 2015. Le mélange se fait dans une cuve double vis, de 18m3. (©Arnaud Jeanne)

Le responsable de l’activité désilage à la cuma souligne que le chauffeur ménage la monture. «Notre machine est nickel», de quoi envisager prolonger la carrière de l’automotrice. Dans le secteur, une autre unité du même modèle avait fonctionné 7.700h. On comprend qu’une hypothèse probable est qu’avec une dentition toute neuve, la Storti Dobermann de 2013 ronge les silos du groupe encore quelques heures. Son sort devrait être scellé en novembre.

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