Restez souple avec l’agriculture de conservation

Les «groupes sol», mis en place en 2018 avec l’appui de la fdcuma, cherchent des solutions en lien avec l’agriculture de conservation des sols. Une démarche exempte de dogmatisme, où les agriculteurs s’approprient de nouvelles techniques adaptées à leur terroir. Premiers résultats.

Couvert d’hiver photographié le 9 mai, quelques jours avant le semis de maïs. Les agriculteurs impliqués dans les groupes sol sont passés par une phase théorique avant de passer à la pratique.

Aubin Lafon, l’agronome qui accompagne les groupes sol charentais reste «assez souple» sur les principes de l’agriculture de conservation des sols. Après une phase de théorie, les agriculteurs impliqués sont passés à la pratique en débutant par la lecture des sols. Dans l’ensemble, on n’a pas observé de souci de structure. Les sols de groies n’étant pas rancuniers des conditions de travails humides, contrairement aux sols «de fond» et aux sols argileux en élevage.

Sol, plante, machine: équilibre fragile

Afin de maintenir une bonne structure il faudra implanter des inter-cultures avec une grosse production de biomasse (objectif de 8t de MS/ha), avec ou sans travail du sol selon les profils. Mais si on peut leur trouver nombre d’avantages, ces couverts végétaux n’en restent pas moins complexes. Car beaucoup de critères vont définir le choix des espèces. Pour les couverts hivernaux, on ne rencontre pas trop de problèmes en Charente avec une production de 5 à 11t MS/ha début mai (pour le plus productif).

Agriculture de conservation des sols

Profil de sol idéal pour le SD, avec beaucoup de racines et une structure du sol grumeleuse.

En revanche, le point qui reste encore incertain est le couvert d’été (certains l’appel Cipan et/ou SIE). à la volée avant moisson, au cul de la moissonneuse-batteuse, en TCS(1) ou SD, la seule condition de réussite est d’avoir plus de 10mm après le semis. Du fait d’une réussite aléatoire, il faut donc des semences qui coutent le moins cher possible et des espèces hyper adaptées au sec! Une des pistes pour éviter la mise en place de couverts pendant des périodes de sécheresse, tout en assurant une bonne couverture, est le couvert permanent de luzerne.

De 7 à 20.000€ du mètre de semoir

Et si le coût des semences doit être restreint, il en est de même pour les semoirs directs. Le coût de revient est d’environ 20€/ha pour une largeur de 4m dans les cuma impliquées dans les groupes, pour du matériel qui varie de 7000€ à 20.000€ du mètre, selon le type de semoir et les options. à disques, à dents, monograine… tous ont leurs atouts et inconvénients. L’ajout de disques ouvreurs sur les semoirs monograines ou l’auto-construction de semoir à dent peuvent tout à fait faire l’affaire.

Agriculture de conservation des sols

Le 27 juin 2019, le maïs a pris la place du couvert, qui a été plaqué au sol par un roulage après semis et désherbé avec 1,5l/ha de glyphosate.

Des détails pour réussir

Si les groupes sol se sont cantonnés à des essais déployés sur 1 à 2 ha, la finalité est de pouvoir appliquer les nouvelles techniques à toute l’exploitation. On maîtrise aujourd’hui toutes les cultures d’automne en semis direct et semis direct sous couvert. Il reste à bien maîtriser les cultures de printemps, notamment à propos des conditions de semis. En effet en 2019, les semis directs sous couvert de maïs et d’orge de printemps sont très réussis chez certains. Alors que chez d’autres, le froid de début mai ou la présence d’un couvert mal détruit ont pu poser des difficultés. Ajoutons aussi un échec à cause des corbeaux. Les agriculteurs sont unanimes: la réussite du semis direct sous couvert passe par de petits détails.

Ils témoignent

Des agriculteurs engagés dans les groupes sol suivis par la fdcuma font part de leur expérience.

Hervé. «Ça faisait 3 ans que je semais des engrais verts dans les allées travaillées afin de couvrir les sols contre l’érosion et aussi apporter de la fertilisation avec les légumineuses. Je tâtonne un peu et le groupe m’apporte un suivi et une expertise sur ce que l’on fait. Je vais implanter les couverts avant la vendange pour gagner de la production de biomasse. Etonnamment, les riverains commencent à m’aborder pour savoir ce que je fais. C’est la première fois dans ma carrière, c’est positif, ça permet d’amorcer la discussion. Pour la suite, le défi est de trouver une plante capable de gérer l’interceps sans chimie, avec très peu d’entretien, tout en préservant les rendements. Il faudra s’habituer maintenant à voir de l’herbe dans le vignoble !»

Témoignage d'agriculteur engagé dans les "groupes sols"

Hervé (3e à gauche), est viticulteur à St Brice avec sa femme sur 22 ha.

Christophe et Véronique. «Nous recherchions une dynamique entre éleveurs et un moyen de partager nos expériences. Ça faisait 10 ans que nous étions en non labour et on cherchait à aller plus loin dans la démarche. On a pu allez beaucoup plus vite avec le groupe, grâce aux essais que chacun a mis en place. Ce qui a permis de voir les limites du système et éviter les erreurs. Aujourd’hui, nous partageons un semoir monograine modifié SD. Et un semoir à dents est en fabrication pour les semis directs dans les chaumes. Tout seuls, on n’aurait jamais fait ce qu’on réalise à plusieurs dans le groupe!»

Agriculture de conservation des sols

Christophe et Véronique (au premier plan) sont éleveurs laitiers avec 70 Prim’Holstein et 115 ha à Pleuville.

Sébastien. «J’ai commencé l’agriculture de conservation des sols en 2009, après la tempête Xynthia, sur une parcelle de marais. Aujourd’hui, toute ma surface est en SD, sauf pour le tournesol semence en TCS et le maïs conduit en strip-till. Et j’ai constaté que j’ai divisé par deux ma consommation de GNR. Et que je gérais mieux les problèmes de graminées résistantes.

Agriculture de conservation des sols

Sébastien (au milieu), cultive 100 ha de groie et 90 ha de marais avec un élevage de génisses Prim’Holstein à Ste Soulle.

Mais j’ai eu deux années compliquées à cause de la gestion de la fertilisation, qui n’était plus adaptée. C’est pour éviter de reproduire des erreurs que j’ai rejoint le groupe. Le fait de pouvoir partager les essais et aller plus vite dans l’expérimentation est très important pour se remettre en cause en permanence. J’ai donc pu faire un essai de maïs en SD très concluant, et je pense pouvoir le généraliser à l’avenir. Le gros enjeu reste pour moi le 100 % SD en marais. Cela va passer par l’augmentation des couverts, notamment d’été, et par le semoir qui reste à affiner.»

Sur le même thème: Agriculture de conservation des sols: Quand le « sans-labour » gagne du terrain.

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