Assolement en commun, épisode 1

Plus de 400 hectares sont travaillés collectivement par cinq associés dans le Gers. Une initiative qui prend sa source dans la forte intégration de la cuma de Peyrecave. Entraid a décidé de suivre cette aventure au long cours.

Quatre des cinq mousquetaires. De gauche à droite: Sébastien Biasiolo, Jean-Michel Bonato, Gérard Cucchi, Philippe Wilk.

Ceci est le premier épisode de notre Saga sur la Société en participation de La Romieu-Berrac. Il date de 2011. Vous pouvez retrouver le deuxième épisode dans les colonnes du mensuel Entraid d’avril 2016.

La décision de se lancer dans un assolement en commun s’inscrit dans la suite logique d’un travail que nous menons ensemble depuis plusieurs années… » Nous, dans la bouche de Jean-Michel Bonato, président de la cuma de Peyrecave, au nord du Gers, dans un secteur dédié aux productions céréalières et aux cultures porte-graines sous contrat, ce sont les cinq associés qui ont décidé, cette année, de franchir le pas. Cinq adhérents qui font partie du « noyau dur» de la cuma, aujourd’hui la plus importante du département avec quelque 91 adhérents.

«Nous nous sommes connus grâce à la cuma, et cette rencontre a été décisive dans l’évolution de nos pratiques professionnelles. » Quatre d’entre eux partagent déjà tout le matériel, et le travail, en cuma intégrale. En 2009, Jean-Michel Bonato, Gérard Cucchi, Philippe Wilk, Sébastien Biasiolo et Jean-Marc Guillefautin, ont expérimenté un autre type de travail en commun en construisant eux-mêmes un silo de 2800t pour leur nouvelle Sarl de stockage. «Un chantier de huit  mois, pendant l’hiver 2008-2009, nous a permis de  mieux nous connaître.»

Liberté et tranquillité

Il aura fallu près de deux ans pour laisser mûrir le projet et affiner la démarche. Ils vont cultiver ensemble 500ha, à partir de Sau individuelles variant de 70ha à 160ha.  « L’assolement en commun doit permettre une plus grande souplesse, et  se traduire au final par un gain de temps. Etre très diversifiés, avec les cultures potagères, nous mobilise en permanence au moins dix mois sur douze. Pouvoir s’organiser, avec un partage des tâches, est un gage de liberté mais aussi de tranquillité » explique Jean-Michel.

« Quand je suis sur le repiquage de betteraves, je sais que je n’ai pas à me préoccuper de l’état sanitaire du blé pris en charge par les copains. Les remplacements ne sont plus un problème. Sans compter la possibilité de prendre un ou deux jours de congés en famille.» Une attention particulière a donc été apportée à la répartition des postes. Deux agriculteurs s’occupent des grandes cultures, deux autres des productions  potagères, et le dernier de l’administration. « Mais nous nous laissons la possibilité de modifier, après évaluation, cette organisation. »

Simplicité du montage juridique

Autres avantages en perspective, une organisation plus rationnelle des chantiers, donc une optimisation du matériel. Le montage juridique s’est avéré relativement  simple avec la création d’une Sep (société en participation), effective depuis avril 2011, le groupe bénéficiant de l’appui du centre de gestion pour  le montage du dossier. La Sep, sans personnalité morale ni patrimoine social, permet spécifiquement, et uniquement, de régler les rapports financiers au sein du groupe.

Chacun conserve la pleine propriété de son exploitation. « Lorsque l’on évoquait notre projet, certains nous demandaient pourquoi nous ne nous montions pas en Gaec, ou en Scea. Mais il n’en était pas question. Nous tenons à conserver la pleine gestion de nos entreprises. Les bilans d’exploitation, les dossiers Pac restent individuels » souligne Sébastien Biasiolo.

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Un « coach » pour dynamiser le groupe

Les cinq ont par contre éprouvé le besoin d’un  regard extérieur, un référent qui les aide à valider  un projet qui représente une évolution conséquente dans les rapports de chacun à sa pratique  et à la représentation de son travail. Plusieurs  séances, avec un  « coach » spécialisé dans la dynamique de groupe ont largement contribué  à mener à bien la réflexion. « C’était une étape nécessaire. Il est plus facile de s’exprimer, de laisser émerger la parole, avec une personne extérieure au groupe et à l’entourage familial. Cela a permis une meilleure prise de conscience des implications de notre projet, de soulever des questions qui n’étaient pas forcément évoquées en interne. »

Comme les rythmes de travail, différents pour chacun, qu’il faudra savoir harmoniser, ou le fait d’accepter un certain « dessaisissement » de ses parcelles. Le groupe a aussi été accompagné par un ingénieur de l’union de Ceta Agro d’Oc. Cette première réalisation dans le Gers va servir de laboratoire.  Mieux organisés, les cinq ont déjà quelques idées pour utiliser le temps libéré.

Chacun doit préciser son projet personnel

L'avis de Claudie Visière, chargée de mission à la fncuma sur l’organisation du travail et la gestion de l’emploi :

L’assolement en commun a concerné d’abord les zones céréalières, mais les secteurs de polyculture et d’élevage s’y mettent. Après le Nord, la Bourgogne, le Centre, aujourd’hui le Sud-Ouest. Les échanges d’expériences jouent un rôle majeur. La SEP attire par sa simplicité, et répond à une difficulté juridique pour les exploitants titulaires d’un bail rural. Le lien entre cette forme d’organisation et le niveau d’intégration des cuma n’est pas obligatoire, mais les habitudes de travail en commun, un bon niveau de confiance facilitent la démarche. Le renouvellement du matériel peut être l’occasion de poser la question. Pour réussir, il ne faut pas se précipiter. Chacun doit préciser son projet personnel. Il ne faut pas hésiter à faire appel à des intervenants extérieurs. Important : la répartition des tâches, l’organisation des chantiers, et une méthode de facturation précise.

Ont-ils tenu le coup? Quels est le bilan économique? Ont-ils maintenus leurs itinéraires techniques? Et leurs projets? Retrouvez-les dans les colonnes du mensuel Entraid d’avril 2016.

 

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