Plus autonome en toastant ses protéagineux

Elevages

22/11/2015 - 20:20

Deux cuma départementales, en Vendée et dans le Gers, ont investi cette année dans des toasters à protéagineux, à la demande de groupes d’éleveurs. Les résultats techniques et économiques sont prometteurs. Chiffres et témoignage en vidéo.

Partagez cet article: Plus autonome en toastant ses protéagineux

La crise du soja a laissé des traces. Des groupes d’éleveurs réfléchissent à produire des protéines localement dans les filières « tracées », type bio, label ou circuits courts, où les cours peuvent atteindre des sommets.  En Vendée et dans le Gers, la solution du toaster mobile a été retenue par les cuma départementales pour éliminer les tanins et facteurs anti-trypsiques qui affectent la digestibilité des protéagineux, soja, lupin et féverole en tête. La dimension départementale devrait permettre de « servir » tous les éleveurs intéressés et d’amortir ces gros investissements (125000€ pour la Vendée et 85 000€ pour le Gers) plus facilement. Le Gers a par ailleurs ouvert l’adhésion aux éleveurs des Landes, Pyrénées-Atlantiques et Hautes-Pyrénées.

En Vendée et dans le Gers, ce sont bien les éleveurs qui ont sollicité les organismes de développement agricoles, Grapea-Civam et fdcuma du Gers. Crédit photo: Fanny Auclair.

En Vendée et dans le Gers, ce sont bien les éleveurs qui ont sollicité les organismes de développement agricoles, Grapea-Civam et fdcuma du Gers. Les démonstrations ont mis en évidence un intérêt marqué, avec de fortes participations d’agriculteurs des filières bovin lait, viande, palmipèdes, volailles, porcine, ovine et caprine. Crédit photo: Fanny Auclair.

Grille-pain

La machine porte bien son nom : il s’agit d’un grille-pain géant. Les graines sont amenées via une vis sans fin sur un tapis convoyeur perforé, qui transite dans un compartiment au sein duquel l’air est chauffé à 280°C par un brûleur à gaz ou fuel. Elles ressortent quelques minutes plus tard, et se conservent de 3 à 6 mois en fonction de l’espèce et de la teneur en matière grasse. Avantages du traitement thermique, par rapport à la technique de l’extrusion majoritairement utilisée : sa sobriété énergétique (débit de 1,5t pour 40l de fuel/h contre 300 kg/h avec 300cv pour l’extrusion), et la possibilité de faire voyager la machine. Le Vendéen Hervé propose un toaster Mecmar (Italie), monté sur une remorque agricole. L’inconvénient : les graines produites, contrairement à celles traitées par extrusion, ne sont pas déshuilées.

« La graine de soja toastée ne peut pas être utilisée toute seule, il faut adapter la ration, avertissent Philipe Olivier et Richard Poeres, de la Secopalm.  Et l’associer à d’autres matières, puisqu’elle ne fera qu’entre 38 et 40% de protéines contre  45-46% pour un tourteau extrudé. Cette graine fait aussi des rations très riches en matière grasse, ça peut être limitant sur certaines productions. » Malgré ces réserves, les essais qui ont débuté –sur vaches laitières, canards et poulets label- et les résultats sont prometteurs, comme l’indique le résumé ci-dessous.

ProductionActionRésultat
44 Prim’Holstein en lactation
(essai de courte durée sur petit effectif)
Substitution de 1,3kg/jour de lupin cru par du lupin toasté • +3,1l de lait/vache/jour
• TB : +4,1pt
• TP : -1,4pt
20 Montbéliardes
(essai de courte durée sur petit effectif)
Substitution de 1-3kg de féverole par l’équivalent toasté • + 1,65l/vache/jour ; + 3,2l/vache/jour entre 100 et 200j de lactation
• Légère chute des TB et TP
• Chute du coût de la ration :
-12,30€/1000l
Canard PAG
(essai en cours en exploitation jusqu’à la découpe)
Substitution partielle du tourteau de soja par des graines toastées • GMQ supérieur (120g/jour contre 90 à 6 sem., 55g/jour contre 40 à 9 sem.)
• Poids supérieur à 9 sem. (4,4kg contre 4,1kg)
Volaille label
(essais en cours
Substitution partielle du tourteau de soja par des graines toastées • Lot1 : 365g contre 335g à 3 sem.
• Lot2 : rattrapage du poids théorique en 15j pour un lot parti à 800g à 6 semaines (contre 1160g. normalement)

Logistique

Les coûts de revient  estimés sont attractifs pour ces filières : entre 30 et 50€/t, à moduler en fonction des équipements (système de refroidissement en plus sur la machine vendéenne) et  des valeurs alimentaires produites. « Le potentiel de la machine est énorme. Il faut simplement trouver l’organisation qui va avec », précise Eric Figureau, animateur machinisme à la fdcuma du Gers. Vendéens comme Gersois envisagent de faire voyager la machine par secteur, à intervalle trimestriel et avec des responsables en charge de garantir, notamment, le bon réglage de la machine.

Témoignage vidéo de Philippe Pérès, éleveur de canards dans le Gers:

Publicité
Simple Share Buttons