Des «serial-entrepreneurs» reprennent la Ferme de Peyrouse

Organisation et Management
Atag-transimssion-conflits-groupe-accompagnement

L'assemblée générale de l'Association tarnaise pour le développement de l'agriculture de groupe se déroulait, le 6 juin, à la ferme de Peyrouse à Padiès: un cas de transmission complexe et réussi, accompagné par l'Atag.

21/06/2017 - 14:26

Un hors-cadre qui reprend les activités agricoles, le fils qui développe la vente directe et un «paysan à la toque» aux fourneaux d’un restaurant à la ferme: jamais Dominique et Rolland Cougoureux n’auraient pu imaginer telle transmission. L’imagination au pouvoir!

Partagez cet article: Des «serial-entrepreneurs» reprennent la Ferme de Peyrouse

«Comment arrivez-vous à entreprendre ensemble ?» La question émane de Virginie Rousselin, de l’Association tarnaise pour l’agriculture de groupe. Pas anodine, car elle s’adresse à deux «serial-entrepreneurs»: Loïc Babeau et Patrice Cougoureux, aujourd’hui ensemble aux commandes de l’Earl et de la Sarl de Peyrouse à Padiès dans le Tarn*.

L’exploitation: c’est aujourd’hui l’univers de Loïc, issu d’une famille d’agriculteurs aveyronnais, mais installé dans le Tarn. Pas de place sur la ferme familiale, explique-t-il, mais aussi l’envie de partir sur un projet de vente directe déjà constitué, après avoir roulé sa bosse chez Unicor, puis tout repris à zéro dans une entreprise de maçonnerie… sans compter les extras, comme une activité d’aligot lors d’évènements, le weekend.

La vente directe, justement, et tous ses développements sur internet: là, par contre, c’est la chasse gardée de Patrice Cougoureux, l’un des deux fils de Dominique et Rolland. Sa fibre commerciale l’a poussé à tenter sa chance dans la banque, la vente d’espaces publicitaires, lancer plusieurs entreprises…

L’arrivée d’un premier enfant le décide à franchir un cap, jusque-là jamais évoqué: reprendre la ferme familiale. «Je ne connaissais rien à la ferme. Les cultures, ça me sort par les yeux, reconnaît-il. En revanche, je me suis découvert une passion pour l’élevage.»

Divine surprise pour les parents, Dominique et Rolland, qui commençaient à se poser de sérieuses questions sur la reprise de leur exploitation, sujet même un peu tabou. L’exploitation? Un beau bébé, propulsé par l’engagement de longue date de Dominique dans la vente directe.

Engagement de longue date en vente directe

Petit retour 20 ans en arrière: salariée dans un centre de vacances voisin, Dominique finit, à la demande des vacanciers, par organiser visites et repas à la ferme… et laisse se constituer au fil du temps, une belle liste de clients qu’elle approvisionne en viande à Montpellier, Toulouse, Paris, Nîmes et Béziers mais aussi par colis postaux.

Peu à peu, elle constitue un réseau de producteurs pour élargir la gamme: viandes multi-espèces, œufs, miel, charcuteries, jus et vins…

Lorsque Dominique et Rolland envisagent leur départ en retraite, l’équation, sur le papier, est simple: soit Patrice ne garde que l’activité de vente directe, soit il remplace ses parents, personne pour personne, activité par activité.

C’est finalement cette seconde option qui est choisie, en association avec Loïc Babeau, qui habite quasiment sur l’exploitation puisqu’il y a retapé une grange. Très présent, il remplace notamment les parents de Patrice et leur prête main forte de temps en temps. Un choix qui permet aux repreneurs de garder toute la cohérence du projet: cultures, élevage, transformation, visites et vente directe.

Concrètement, cela signifie une transmission familiale, à Patrice, et à un tiers, Loïc, même s’il est issu du monde agricole. Cela implique donc pour Patrice de reprendre une formation agricole et, pour Loïc, de s’installer en tant que «hors-cadre familial», avec des conséquences juridiques et légales lourdes.

Un restaurant à la ferme

En parallèle, ils doivent racheter les terres et une partie des bâtiments d’une ferme mitoyenne, laissée partiellement à l’abandon. Et c’est là que le projet prend une toute autre tournure. Les touristes qui visitent la ferme, le demandent depuis longtemps, c’est finalement ce nouvel espace disponible qui les pousse à sauter le pas: ils ouvrent un espace de restauration avec pour tout bagage, les expériences préalables des uns et des autres.

Succès: de 280 personnes la première année, ils passent à 1.000 couverts en 10 dates pour la deuxième. Et recrutent ensuite Ghislain Deschar, jeune chef polyglotte désirant s’installer. Naissance du «Paysan à la toque».

Entreprendre à plusieurs: l’avenir en élevage?

Alors… comment entreprennent-ils ensemble? Premièrement, tout mettre à plat. Patrice Cougoureux décide de faire intervenir l’Association tarnaise pour l’agriculture de groupe, qui accompagne de plus en plus d’exploitations dans les phases de transmission dans le cadre d’un, ou plusieurs, départs à la retraite.

Ensuite, les deux principaux protagonistes, Patrice et Loïc, sont tous deux impliqués dans les deux sociétés, dont l’une fournit l’autre: l’Earl pour la partie agricole, la Sarl pour le reste. «Comme on a tous les deux un pied dans chaque société, ça va!», résume Patrice Cougoureux, qui insiste sur le fait que Loïc et lui ne se cachent rien.

Une communication ininterrompue qui leur permet de verbaliser leurs envies, de hiérarchiser leurs projets et de se mettre d’accord sur une stratégie commune.

Cerise sur le gâteau: les autres personnes associées au projet font également partie de la Sarl. Le chef-paysan Ghislain et Jérôme, l’informaticien qui coordonne toute la partie web du projet (plus de détails dans notre article à venir «Miladiou.net, les précurseurs»), en sont actionnaires.

C’est à Dominique Cougoureux qu’il revient de remettre le projet en perspective, et aussi de faire un pied de nez à ceux qui avaient pointé la «folie» d’installer un tiers sur leur exploitation: «Nous avons exploité la ferme tous les deux, avec mon mari, ça n’a pas été une partie de plaisir tous les jours. Pas de vacances, beaucoup de boulot… Aujourd’hui, les agriculteurs plus jeunes et leurs familles ne veulent pas vivre ça, et c’est légitime. De plus, il n’y a plus de voisins, plus tellement d’entraide. Je doute que le devenir des exploitations d’élevage soient envisageable avec des agriculteurs seuls.»

*L’assemblée générale de l’Atag s’est déroulée à la ferme de Peyrouse, le 6 juin 2017.

A lire également: Les folies fermières, un cabaret à la campagne

et 20 hectares pour 3 salaires, c’est aussi ça le cabaret à la ferme

Publicité
Simple Share Buttons