Des sols sains pour des aliments sains

Installé à la frontière canado-américaine, Dereck Axten est engagé dans l’agriculture de conservation depuis 2010. Il utilise notamment des extraits de compost pour la fertilisation de ses sols. Portrait de son exploitation, qui a été élue meilleure ferme du Canada en 2018.

La ferme Axten a été élue meilleure ferme du Canada en 2018 en conservation des sols.

Dans la province du Saskatchewan (centre du Canada), à 20 km de la frontière avec les Etats-Unis, les conditions climatiques sont rudes : très froides l’hiver et très sèches l’été. La pluviométrie moyenne est de 350 mm, dont plus de 250 mm l’hiver notamment sous forme de neige. « Le plus gros problème ici, c’est que lorsqu’il pleut, il pleut fort d’un coup et toute l’eau part par ruissellement avec en plus des problèmes d’érosion, présente Dereck Axten. Nous avions donc besoin de développer la capacité d’infiltration des sols, pour absorber l’eau et conserver l’humidité. » Pour accomplir son objectif de redonner de la structure à ses sols et d’augmenter le taux de matières organiques, il s’est intéressé au semis direct (qu’il met en place dès 2007) et à l’agriculture de conservation.

Zéro insecticide depuis 7 ans en conservation des sols

Selon lui, il y a 5 piliers à respecter dans la transition vers l’agriculture de conservation :

  • garder ses sols couverts ;
  • allonger les rotations ;
  • ne pas perturber la structure du sol avec des outils ;
  • avoir toujours des racines vivantes ;
  • avoir des animaux sur la ferme.

Aujourd’hui Dereck Axten n’utilise plus de fongicide, insecticide ou traitement de semence depuis 7 ans, et il a réduit les herbicides au minimum. Par ailleurs, les cultures associées qu’il a mises en place ajoutent de la diversité tout en permettant de réduire les apports pour la fertilisation. Concernant le choix des cultures, si la rentabilité est bien entendu prise en compte, il retient surtout les cultures qui exportent le moins d’éléments nutritifs du sol.

En ce qui concerne les animaux, les 2 400 ha de Dereck Axten représentent une surface trop vaste pour y gérer du bétail sur sa totalité (temps de travail lié aux cultures, nécessité de poser des clôtures, etc). Un de ses voisins disposant d’un grand troupeau, il a conclu avec lui un arrangement et fait pâturer 600 animaux sur 240 ha à raison de 0,70 $ par animal et par jour (0,48 €). Sur ces parcelles, correspondant aux plus mauvaises terres, il sème un mélange de vesce, avoine et lin destiné à être patûré.

santé sols développement nodosités plant pois fourrager 1 mois après semis

Preuve du bon état de santé de ses sols, l’état de développement des nodosités sur un plant de pois fourrager 1 mois après le semis.

Des extraits de compost au semis

Ne pouvant mettre des animaux partout, la femme de Dereck Axten, biologiste de profession, a suivi des cours avec un expert du compost pour ramener de la biologie sans forcément avoir de l’élevage. Aujourd’hui, ils travaillent ainsi sur des extraits de compost qui sont directement intégrés au semis.

Pour les réaliser, ils sélectionnent les composts les plus riches en saprophyte (analyse au microscope) et les font infuser dans de l’eau, avec une oxygénation, durant 20 minutes (opération renouvelée quatre fois en changeant la chaussette). La solution obtenue est épandue à 45 l/ha avec une solution complémentaire pour nourrir les micro-organismes. « Il ne faut pas qu’il y ait plus de 5 jours entre la préparation de l’extrait de compost et son épandage, précise Dereck Axten, et durant cette période, il faut poursuivre l’oxygénation avec un bulleur. » Son épouse continue en complément de surveiller au microscope l’évolution des populations dans l’extrait. Vingt tonnes de compost suffisent pour préparer la quantité d’extrait nécessaire aux 2 400 ha de la ferme.

Cela fait aujourd’hui 4 ans qu’ils utilisent ce processus et ils observent déjà « d’énormes changements concernant la biodiversité dans le sol. Les meilleurs résultats ne sont pas obtenus avec les extraits les plus concentrés, mais avec ceux qui ont la plus grande diversité en micro-organismes. »

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