[Série 1/3] Ukraine : Quels imPACts pour les agriculteurs français ?

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[Série 1/3] Ukraine : Quels imPACts pour les agriculteurs français ?

Découvrez quels seraient les impacts de l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne sur la PAC. Explications dans cet article. (©Entraid)

Qu'en serait-il d'une adhésion pleine et entière de l'Ukraine à l'Union européenne, aujourd'hui sur la table ? Quels impacts sur la PAC et pour les agriculteurs français ? Plongez dans notre série de trois articles.

Le think-tank Agridées publie une note sur l’élargissement de l’Union européenne à 35 pays, dont l’Ukraine. Le secteur agricole de l’Ukraine est considéré comme « un Ovni », précisent les auteurs, Yves Le Morvan, responsable Filières et Marchés chez Agridées, et Bernard Valluis, consultant également pour Agridées. L’agriculture ukrainienne est caractérisée par 20% de toutes petites exploitations familiales et 80% d’agroholdings, priorisant l’export notamment de céréales, d’oléoprotéagineux et de poulets. Retour sur les impacts de l’Ukraine sur la PAC.

Quels impacts d’une adhésion de l’Ukraine sur la PAC et pour les agriculteurs en France ?

Yves Le Morvan et Bernard Valluis évaluent dans une note consacrée au projet d’élargissement de l’Union européenne que l’entrée de l’Ukraine, avec les dispositifs de soutien actuels aux agriculteurs, appliqués aux tels quels aux exploitations ukrainiennes (aides surfaciques). Ils estiment qu’elle entraînerait une augmentation potentielle de 22 % du budget actuel de la PAC.

Pour contenir les dépenses, les allocations PAC des États membres actuels pourraient être réduites en moyenne de 15 %. Voire davantage en France ou en Espagne (estimation à 18%). Une « double lame », selon le terme des auteurs, qui mettent côte à côte cette baisse et les réformes en cours de la PAC.

Si les aides à la surface de la PAC étaient étendues à l’Ukraine, la compétitivité du blé français serait compromise. L’ouverture du champ concurrentiel entraînerait des déséquilibres économiques territoriaux. Et du coup, une potentielle déprise agricole pour les autres membres, dont la France.

Qu’en serait-il sur les marchés des céréales ?

Sur les marchés, l’adhésion de l’Ukraine à l’UE introduirait une concurrence asymétrique directe dans des filières majeures. Cela serait le cas pour les grandes cultures (blé et maïs) notamment. Mais cette situation n’est pas nouvelle puisque depuis 2017, les Ukrainiens négocient des contingents pour accéder au marché européen. Deal qui s’est accentué après la guerre avec un million de tonnes de maïs importés sur le vieux continent.

« En 2000, l’Union européenne était quasiment autosuffisante en matière de maïs grains et de semences, nous n’importions que 5 % de marchandises, se souvient Franck Laborde, président de l’AGPM. Aujourd’hui, nous produisons 60 millions de tonnes, en Ukraine, c’est 30 millions de tonnes. L’Europe importe aujourd’hui 26 millions de tonnes alors qu’il y a 20 ans, c’était le premier importateur. »

De plus, la production de maïs est très concurrencée. En 25 ans, les rendements de maïs ont doublé grâce notamment aux progrès génétiques, tandis qu’en France, ils ont quasiment stagné. « 62 % des produits phytos utilisés là-bas sont interdits en France, ajoute le syndicaliste. Une intégration sauvage et non réfléchie de l’Ukraine pourrait faire disparaitre plus de 14 000 ha de maïs en France faute de compétitivité. »

Et celui du sucre ?

C’est un peu le même constat. Avant 2022, l’Europe importait 200 000 tonnes de sucre sur un marché en équilibre. Après la guerre, ce tonnage a doublé, mettant en péril la production betteravière européenne. Depuis, ce contingent a été suspendu laissant entrer dans l’Union européenne tout de même 100 000 tonnes. « Avec l’arrivée de sucre ukrainien sur le marché, on peut dire que la filière sucrière européenne n’existera plus, annonce Timothée Masson, économiste à la CGB (confédération générale des planteurs de betteraves). Alors qu’en France la moyenne des surfaces betteravière est de 17 ha par exploitation, en Ukraine, 15 groupes produisent plus de 210 000 ha. »

L’économiste l’assure, « on ne peut pas être sur le même marché. Quand bien même les ukrainiens devraient subir les mêmes normes que nous, ils s’y adapteraient aisément tellement leur agriculture est productive et habile. » Le modèle français est à protéger. Les 100 000 tonnes importées représentent à long terme l’équivalent de la production d’une usine française.

La filière volaille française risque également d’être impactée, à quelle hauteur ?

Difficile de se prononcer puisque l’Europe est déjà déficitaire en matière de volaille. Un poulet sur deux en France est importé. « Et les Français ne jouent pas dans le même cour. « Nous n’avons pas les mêmes règles, explique Yann Nedelec, directeur d’Anvol, association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair. La concurrence est déloyale, mais nous avons besoin de poulets. » Niveau logistique et normes sanitaires, cela semble plus simple d’importer de la marchandise d’Ukraine et si elle répond aux normes européennes, c’est encore mieux.

Toutefois, le directeur reste vigilent. « Ok pour négocier des tonnages, mais l’Europe n’est pas en capacité d’absorber toutes les marchandises des quatre coins du monde. Alors pourquoi négocier encore en plus avec les pays du Mercosur ? » Au risque qu’une accumulation de marchandise joue préjudices aux éleveurs français.

Que préconisent ces filières ?

Face à ce constat, les filières sont peu enclines à accueillir les productions ukrainiennes. « Face aux normes sanitaires et structurelles identiques, nous devons repenser nos modèles, lance Timothée Masson. Est-ce la France qui doit s’autoriser à voir des agro holdings sur son territoire. Ou demander à l’Ukraine d’éclater ses grosses structures en petites de taille équivalente à la France ? Les filières françaises doivent regarder froidement leur agriculture, mais aussi leurs ambitions. Car pour le moment, on met sur sparadrap sur un modèle agricole à bout de souffle. »

Le constat est dur. Pour Franck Laborde, « l’Union européenne doit se doter d’une vraie ambition. On peut y croire, mais s’il n’y a pas la volonté de l’Union européenne, on ne fera rien. »

Toutefois, les auteurs préconisent d’autres voies que celle de l’adhésion pleine et entière pour l’Ukraine, au regard du dossier agricole.

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