Appliquer les engrais avec précision n’est plus une option : c’est à la fois une nécessité économique et un impératif environnemental. Derrière cette exigence se cachent des pratiques agronomiques désormais bien ancrées chez la majorité des agriculteurs — de la mesure des reliquats sortie hiver à la modulation des apports azotés. Mais la réussite dépend aussi du matériel : c’est à ce stade que la technologie entre en jeu. Retour sur le matériel d’épandage de précision et son optimisation pour la fertilisation.
Matériel d’épandage de précision : des épandeurs centrifuges dopés par l’IA

Avec ses multiples capteurs analysant notamment la trajectoire réelle de l’engrais, le dispositif EasyMatch d’Amazone promet un réglage automatique de l’épandeur. (© Amazone)
Outil le plus répandu, l’épandeur centrifuge a bénéficié de nombreuses améliorations offrant une meilleure maîtrise de la nappe d’engrais arrivant au sol. Grâce au GPS et à la démocratisation des systèmes de pesée, la coupure de section est désormais monnaie courante alors que la modulation intraparcellaire peine à se démocratiser.
Les constructeurs affichent des niveaux de précision remarquables, grâce à une parfaite maîtrise de la balistique des engrais. Ces technologies ne sont toutefois réellement efficaces qu’à condition que le matériel soit correctement réglé et l’engrais bien caractérisé. Les dernières avancées portent désormais sur le « software » et l’IA pour simplifier et améliorer la précision des réglages.
Les récentes applications mobiles FertiEye de Sky et EasyMatch d’Amazone caractérisent l’engrais à partir de la photo d’un échantillon. Avec son dispositif Autospread, Amazone accède à un réglage automatique de l’épandeur, grâce à une combinaison de capteurs surveillant la nappe d’engrais et les conditions d’applications.
Station météo embarquée

La technologie Isobus TIM proposée par Kubota permet à la gestion de l’épandeur d’agir automatiquement sur le régime et la géométrie du relevage du tracteur. (©Entraid)
Le constructeur allemand utilise notamment une station météo embarquée sur l’épandeur (WindControl), une solution également apparue chez Bogballe, dont le système Weatherman mesure en temps réel l’humidité, la température, la pression, le vent et la vitesse d’avancement.
Autre exemple, Kubota mise sur la technologie Isobus TIM offrant un pilotage du tracteur par l’épandeur, pour proposer un réglage automatique de la hauteur et de l’inclinaison de l’appareil (bras inférieurs de relevage et troisième point), ainsi que du régime moteur.
De son côté, Kuhn met à profit la rapidité de ses moteurs électriques ajustant l’ouverture des vannes et le point de chute de l’engrais, pour améliorer la réactivité dans les changements de dose et de largeur de travail.
Les épandeurs pneumatiques insensibles au vent et à la qualité de l’engrais
Si les épandeurs centrifuges dominent le marché, leurs limites — sensibilité au vent et précision variable selon la qualité de l’engrais — ouvrent la voie aux appareils pneumatiques à rampe. Encore minoritaires, ces outils séduisent par leur homogénéité d’épandage et leur capacité à moduler précisément les apports.
Aux côtés du Kuhn Aero GT 60.1, deux autres modèles traînés ont fait leur apparition :
- l’Eole 6000T de Duro France ;
- le Leeb Xeric 14 FS de Horsch.
Le premier affiche une capacité de 6 000 l et une largeur de rampe de 36 m, contre 14 000 l et 48 m pour le second.
Alternative à ces appareils dont la rentabilité est conditionnée par de grandes surfaces de travail, le modèle porté Aero 32.1 de Kuhn se contente d’une trémie de 3 200 l et d’une rampe jusqu’à 30 m. Grâce à leurs diffuseurs répartis sur la rampe, ces outils assurent une coupure et une modulation réelles par tronçons — à la manière des pulvérisateurs.
Matériel d’épandage de précision : une dose précise et homogène avec le pulvérisateur
Beaucoup de céréaliers utilisent d’ailleurs leurs pulvérisateurs pour l’azote liquide, même si cette forme présente un risque accru de pertes par volatilisation.
Les porte-buses à sélection automatique, basculant entre différentes buses à jets selon la vitesse, donnent accès à une modulation par tronçons, voire à la buse. Ils autorisent aussi une correction dans les courbes pour éviter un surdosage à l’intérieur du virage et un sous-dosage à l’extérieur. Une fonctionnalité également offerte par les porte-buses à pulsation qui ne sont toutefois que très rarement compatibles avec les buses filet.
Leur conception les rend également plus sensibles à l’usure générée par l’agressivité de la solution azotée.
Localiser l’engrais pour booster la culture et limiter les pertes

L’injecteur d’engrais liquide reste l’outil le plus efficace contre les pertes par volatilisation. (©Bednar)
L’apport localisé d’engrais, au plus près de la graine ou des racines, gagne du terrain. Popularisée par les semoirs directs ou monograines, la fertilisation au semis s’étend aujourd’hui à l’ensemble des gammes, portée par les trémies frontales compartimentées, de plus en plus polyvalentes. Plus marginale du fait d’un équipement spécifique sur le semoir, le recours à l’injection d’engrais liquide est très efficace pour les cultures de printemps.
Les difficultés d’approvisionnement dans certaines régions et la faible diversité de l’offre en engrais starter liquide compliquent parfois sa mise en œuvre. Encore plus anecdotique, mais pas dénué d’intérêt, l’injecteur de lisier Cultan du Hollandais Duport (importé par AgroSoil) a récemment été rejoint par le Neveon EE de Bednar. Ces appareils sont dotés d’une rampe (largeur jusqu’à 18 m) sur laquelle sont fixées des roues en inox munies de pointes d’injection.
Capables d’apporter de l’engrais liquide sur n’importe quelle culture sans quasiment aucune perte par volatilisation, ces machines autorisent une baisse des doses et moins de fractionnement des apports.
Valoriser les engrais organiques sur les cultures
Dans les zones de polyculture-élevage, les effluents constituent une ressource précieuse pour réduire le recours aux engrais minéraux. Lisier et digestat peuvent être valorisés efficacement sur cultures en place, à condition de disposer d’un matériel adapté.
Lorsque la configuration du chantier le permet, l’épandage sans tonne reste la solution la plus respectueuse des sols. Les exploitations s’orientent davantage vers des chantiers décomposés : tonnes à lisier ou automoteurs d’épandage alimentés par des tonnes routières, limitant ainsi le tassement.
Pour épandre sur de grandes largeurs, les cuma privilégient désormais les rampes à pendillards, compatibles avec les mêmes passages que les pulvérisateurs. Ce système présente toutefois un risque de pertes par volatilisation. La rampe à patins offre alors un bon compromis, moins impactante que l’injecteur à disques, souvent limité par son poids et sa largeur, et inadapté aux cultures fragiles.
Au-delà du choix du matériel, la précision des apports dépend avant tout de la connaissance de la valeur fertilisante du produit. C’est pourquoi se développent les analyseurs de lisier embarqués : les capteurs NIR apportent une mesure très précise, tandis que les conductimètres offrent une alternative plus économique, bien que moins fine.
Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :





