Suis-je méthanisation compatible ?

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Suis-je méthanisation compatible ?

La méthanisation s'inscrit bien dans le contexte d'une exploitation agricole, à condition d'en vérifier la faisabilité sous tous ses aspects. (©Entraid)

La méthanisation oblige l’agriculteur à repenser son métier. Il est essentiel de se poser les bonnes questions avant de se lancer, afin que cet outil soit vraiment au service de l’exploitation agricole.

Mettre en place un projet de méthanisation agricole demande de se poser plusieurs questions : élevage…ou pas ? quelles cultures ? quel type de méthaniseur ? quelle organisation ? etc., afin dévaluer la pertinence d’un tel projet.

Mes motivations, ma stratégie

1. À quel type de diversification suis-je prêt ?

Installer un méthaniseur à la ferme ou participer à une unité collective transforme en profondeur le fonctionnement de l’exploitation agricole et l’organisation du travail. Avant de vouloir produire du biométhane, il faut donc s’interroger sur ses motivations et sur sa stratégie.

Si l’objectif est simplement de se diversifier dans la production d’énergie pour générer un revenu complémentaire, la méthanisation n’est pas le choix le plus facile. Installer des panneaux photovoltaïques sur des bâtiments ou des trackers solaires sera plus rapide et moins contraignant.

2. Méthaniser aidera-t-il à gérer mes effluents ?

Si la priorité est d’améliorer la gestion des effluents d’élevage (mise aux normes notamment), la méthanisation est une solution. Car elle permet de stocker, réduire les pertes et pollutions par volatilisation ou lessivage (fumier au champ) et homogénéiser les effluents.

La question de l’utilisation du digestat à la place des lisiers et fumiers se pose aussi. Faut-il séparer les phases liquide et solide ? Quel matériel d’épandage faut-il prévoir (pendillards, enfouissement…) ? Quels plan et calendrier d’épandage ?

3. Suis-je prêt à revoir mes pratiques agronomiques ?

Pour des fermes avec ou sans élevage, la méthanisation est une option utile. Notamment  dans les situations où les agriculteurs mettent en place des pratiques agronomiques fondées sur la généralisation des couverts végétaux. Elle s’avère aussi intéressante s’ils recherchent davantage d’autonomie en fertilisation. Une partie des couverts peut en effet être valorisée dans le méthaniseur. Ainsi, le digestat obtenu peut remplacer une partie des engrais de synthèse.

La production de cive ne doit donc pas être vécue comme une nécessité subie. Elle peut être, au contraire, un levier choisi d’amélioration des pratiques agronomiques. Il est possible de réaliser un diagnostic agronomique pour évaluer l’impact de la méthanisation par rapport à l’état initial de la ferme (indicateurs agronomiques et environnementaux).

Mon environnement pour un projet de méthanisation agricole

4. Comment valoriser le biogaz ?

En fonction de sa situation géographique, de son environnement professionnel, des différentes activités présentes sur la ferme (et projets de développement), il sera plus ou moins adapté et facile de développer un projet de méthanisation pertinent.

Produire du biométhane est intéressant à condition de pouvoir l’injecter dans un réseau de gaz passant à proximité. C’est la raison pour laquelle il faudra prévoir une étude de faisabilité de raccordement.

On peut aussi imaginer en complément une offre de carburant bioGNV, à condition d’avoir un trafic local de poids lourds équipés suffisant comme la présence d’une zone artisanale ou d’un transporteur, à l’image de la SAS Agribiométhane, en Vendée.

5. Et si je ne peux pas l’injecter ?

En l’absence de réseau de gaz, la cogénération d’électricité et de chaleur à partir de biogaz n’est plus à l’ordre du jour depuis l’arrêté du 8 septembre 2025 abrogeant le tarif préférentiel d’achat de l’électricité. Dans le cas où l’on a des besoins en chaleur (élevage de volailles, de porcs, séchoir biomasse…), la cogénération reste une option éventuelle, à condition d’autoconsommer l’électricité.

« Un site d’injection peut également fournir autant de chaleur qu’un site de cogénération, à condition de valoriser le bioCO2, indique Louis Chevalier, en charge des porteurs de projet à l’AAMF. Car le compresseur et le liquéfacteur de bioCO2 dégagent de la chaleur, en plus de celle du compresseur d’épuration du biogaz. »

Enfin, une autre option émerge : la compression et la liquéfaction du biogaz ou biométhane pour son transport vers un point d’injection.

6. Vers un méthaniseur individuel ou collectif ?

On peut opter pour un méthaniseur individuel, par choix ou par contrainte (situation géographique isolée). Mais l’opportunité peut se présenter de participer à un projet collectif avec d’autres agriculteurs, éleveurs, entreprises, une coopérative par exemple. Une gestion en commun est ainsi un bon moyen de mutualiser des compétences, du matériel et du personnel. Cela exige aussi une réflexion approfondie sur la logistique des intrants et des digestats.

La possibilité de se faire accompagner par un animateur pour aider à structurer une démarche de groupe est vraiment déterminante pour avancer efficacement et sereinement.

7. Favoriser l’acceptabilité

Dans tous les cas, il faut s’entourer de conseillers experts et prestataires compétents. L’implantation d’un méthaniseur doit également prendre en compte la proximité éventuelle d’un village, d’une ville, de riverains.

Le site doit être aménagé et équipé afin de limiter les nuisances, notamment en termes de trafic. Un dialogue doit donc être lancé.

Mes ressources

8. Aurai-je assez de ressources pour alimenter le digesteur ?

Développer un projet de méthanisation nécessite, bien sûr, de disposer sur sa ferme ou sur son territoire de ressources organiques suffisantes et régulières. Il faudra aussi investir du temps, des compétences et des moyens financiers.

Quantifier le gisement de matières méthanisables sur sa ferme, et éventuellement autour de soi dans un périmètre raisonnable, est indispensable pour dimensionner l’unité. Au-delà de la nature et du volume des intrants (effluents d’élevage, cive, déchets de collectivités, d’industries agroalimentaires), il faut estimer leur répartition au cours de l’année, la possibilité de stockage, la fiabilité de l’approvisionnement (contrats), et prendre des marges de sécurité (sur approvisionnement et volume de stockage).

La microméthanisation en voie solide discontinue répond aux attentes de l’éleveur laitier.

9. Quelle est ma capacité d’investissement ?

Avant d’être une source de revenus complémentaires, la production de biogaz nécessite un investissement initial et génère de nouvelles charges. Il faut donc évaluer sa capacité financière, à la fois en fonds propres et via l’emprunt, voire avec des ressources alternatives (financement participatif, actionnariat…).

10. Qui s’occupera du méthaniseur ?

Concevoir un projet de méthanisation demande un investissement professionnel et personnel conséquent. S’informer et se former sur les aspects techniques et la réglementation, réaliser les démarches administratives, participer aux réunions (projets collectifs) ou encore suivre les travaux requièrent du temps et de l’énergie.

La charge et l’organisation du travail actuelles de l’exploitation permettent-elles de dégager ce temps ? Et lors du fonctionnement en routine du méthaniseur, en termes de main-d’œuvre, quelles compétences et quel temps faudra-t-il y consacrer par jour, par semaine ?

« Se rapprocher de l’AAMF pour profiter de son expérience »

projet méthanisation exploitation agricole

Louis Chevalier, polyculteur-éleveur-méthaniseur, élu en charge des porteurs de projet à l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF). (©AAMF).

« L’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF) consulte chaque projet de méthanisation car sa mission et sa force sont de partager son expérience et d’apporter des conseils. Sur l’aspect technique, se rapprocher d’une de nos délégations régionales est la première étape pour s’informer, se former, visiter des unités, échanger pour prendre des idées et éviter les écueils. Chaque projet est unique : il doit être adapté à son territoire et inscrit dans son contexte agricole. Sur l’aspect juridique et économique, nous militons pour que la valeur ajoutée revienne aux agriculteurs. Il faut donc être attentif au montage des collectifs et nous avons des ressources pour accompagner les porteurs. Enfin, il faut considérer l’aspect sociétal et territorial du projet : s’interroger sur la façon de le rendre vertueux et utile au territoire. Par exemple en apportant une solution de gestion des biodéchets, en s’associant aux collectivités pour créer une station bioGNV, etc. »

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :

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