Un projet de méthanisation collectif innovant et vertueux

Dans le nord du Lot, la production d’énergie renouvelable mobilise exploitants et cuma. Un double objectif, économique et environnemental, dans le cadre d’une mutualisation, au sein d’une association créée pour les besoins de la cause.

Une partie des membres de la SAS; Eric Amadieu (président de la cuma de Saint-Médard), Cédric Génot (président de la SAS Haut-Ségala Bioénergie), Bernard Bardet (vice-président de la cuma Saint-Médard), Jérôme Dolique (trésorier de la cuma Montet-et-Bouxal), Sébastien Roussiès (trésorier de la cuma Saint-Médard).

« Nous sommes aujourd’hui engagés dans un projet majeur, autant pour nos exploitations que pour le territoire, avec une triple dimension économique, environnementale et agronomique…  » Pour Eric Amadieu, président de la cuma de Saint-Médard Nicourby, la réalisation d’un méthaniseur, dont la mise en service devrait intervenir à l’automne 2020, représente un enjeu qui justifie la forte mobilisation des adhérents et au-delà. A côté de Saint-Médard, le projet implique aussi des adhérents des cuma de Montet-et-Bouxal, Gorses et Terrou. Soit onze exploitations réunies, à titre individuel, au sein d’une société créée pour les besoins de la cause, la SAS Haut-Ségala Bioénergie. Mais ce futur équipement s’inscrit aussi dans un plus vaste projet. Ce sont en effet quatre méthaniseurs qui vont être installés sur les territoires du Ségala et du Limargue, au nord du département, via quatre SAS sur le même modèle, représentant 33 exploitations (lire encadré). Des territoires d’élevage dominant, de ce fait gros producteurs d’effluents.

Participation égalitaire au capital

Avec la production d’une énergie renouvelable, le traitement et la valorisation de ces effluents constitue l’un des objectifs du programme de méthanisation, explique Cedric Genot, président de la SAS Haut-Ségala Bioénergie. « Un modèle innovant et vertueux de méthanisation, un levier de transition vers l’agroécologie », comme le précise dans sa présentation l’association Méthaséli Environnement, qui regroupe l’ensemble des agriculteurs impliqués dans les SAS.

La création de Méthaséli Environnement, début 2016, marque le lancement d’un projet initié en 2015 sur la base d’une étude réalisée par la coopérative Fermes de Figeac. « Avant de solliciter l’ensemble des agriculteurs du secteur, nous avons visité des unités opérationnelles en Dordogne. » Décision prise et association créée, l’automne et l’hiver 2016 seront consacrés à une formation intensive, assurée par Fermes de Figeac en relation avec le bureau d’études Solagro, maître d’ouvrage du programme de recherche Méthalae, au rythme d’une réunion d’une demi-journée toutes les trois semaines réunissant l’ensemble des volontaires partie prenante. « Un investissement important, mais qui nous a permis d’acquérir les compétences nécessaires, sur les plans technique, agronomique, sanitaire, logistique… » L’autre investissement, après la création de la SAS en 2017, l’audition des entreprises chargées de la construction et du process et le bouclage du dossier administratif, est bien entendu financier. Plus de 4 M€ (pour chaque unité), sur fonds propres des agriculteurs à titre individuel, complétés par des subventions Ademe et Région, et des prêts bancaires. « Avec un principe de participation égalitaire en compte-courant associé en fonction des apports estimés en effluents », précise Eric Amadieu. Le principe retenu est celui de la cogénération, avec production d’électricité revendue contractuellement à EDF, pour une capacité équivalente, pour l’ensemble des unités, à la consommation hors chauffage d’une ville de 10 000 habitants. « L’absence de réseau local de gaz ne permettait pas l’injection directe du méthane. » Début de la construction à l’automne prochain et retour sur investissement prévu sur huit à dix ans.

Une forte valeur ajoutée

« Nous envisageons aussi d’autres applications comme le séchage du fourrage, de céréales, de bois… » Un atout supplémentaire pour un projet à forte valeur ajoutée. Sur le double plan économique et environnemental donc avec une réduction estimée à 50 %, grâce à l’épandage des digestats, des engrais de synthèse et des produits phyto. Avec en outre un assainissement des effluents, issu d’un travail avec le GDS (Groupement de Défense Sanitaire) du Lot, permis par un temps de séjour de 65 jours, au lieu de 45 jours habituellement, et une capacité de stockage des digestats supérieure à six mois, permettant un épandage à la meilleure période. Les émission de gaz à effet de serre devraient enregistrer par ailleurs une diminution sensible (2 000 t/an de co2 pour chacune des trois unités principales), sans compter la suppression des odeurs d’épandage.

Cette dimension économique concerne plus largement la vie du territoire. « Nous envisageons la création, pour l’ensemble des projets, de 6 à 8 emplois pour logistique, transport, épandage, gestion des méthaniseurs, avec l’achat du matériel nécessaire, camions, etc. » Des besoins estimés sur la base d’une étude réalisée par la fdcuma dans le cadre d’un DiNA. « Les cuma, en tant que telles, pourraient alors intervenir sur cette partie spécifique. Des réflexions sont en cours pour voir qui prend quoi en charge, cuma, groupement d’employeurs à créer, Fermes de Figeac… ».

Une forte implication collective et locale

L’avis de Guillaume Virole, ingénieur thermicien à Fermes de Figeac, chargé du suivi du projet.

‘‘L’une des caractéristiques de ce projet réside dans la très forte implication, à titre individuel et collectif, des agriculteurs, notamment des jeunes, et une totale appropriation et maîtrise de celui-ci malgré sa complexité. à travers le temps consacré à la formation par exemple, à travers l’investissement financier aussi. Les dimensions économiques et environnementales demeurent étroitement liées. L’autre élément concerne sa dimension locale. D’une part, les méthaniseurs seront situés au plus près des exploitations, pour éviter les longs transports, d’où quatre installations, et quatre SAS, indépendantes qui avancent parallèlement dans le cadre d’un accompagnement mutualisé. D’autre part, les effluents seront strictement d’origine locale, uniquement lisier et fumier avec quelques matières végétales. Cette production d’énergie renouvelable peut jouer un rôle dans l’équilibre et la pérennité des exploitations, mais il s’agit aussi, avec la création d’emplois, d’un facteur essentiel pour le développement du territoire.’’

Haut-Ségala Bioénergie supprimer fosses individuelles valoriser effluents

Objectif : supprimer les fosses individuelles et valoriser les effluents.


Cet article est issu du spécial Lot de mai 2019.

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