Quelle stratégie pour les chantiers d’épandage de digestat ?

La manière d’aborder les chantiers d’épandage de digestat et plus largement d’effluents liquides a énormément évolué au cours des dernières années. L’agronomie prend de plus en plus de place. Par ailleurs, la phase ‘transport’ commence à être considérée comme une étape distincte du travail dans la parcelle. Eléments de réflexion.

De plus en plus d'experts invitent à distinguer le transport de l'épandage.

L’épandage de digestat liquide ou de lisier est l’un des chantiers agricoles qui comportent le plus de facettes. Du coup, comment choisir sa stratégie d’épandage de digestat ?

Selon chaque point de vue, la définition peut changer du tout au tout. « Il faut vider la fosse. Je fertilise mes cultures sans acheter d’engrais. Qu’est-ce que ça sent mauvais ! Aujourd’hui je fais du transport. Marre de la Directive nitrates ! Payer pour se débarrasser de la m… A peine le calendrier et la météo permettent d’épandre qu’il faudrait déjà commencer à semer. Avec ce retour au sol, le cycle de l’azote est bouclé. Il a plu, les pneus basse pression vont-ils suffire pour passer sans tout défoncer ? » Etc.

On comprend pourquoi les agriculteurs se posent légitimement de nombreuses questions quand il s’agit des chantiers d’épandage de lisier ou de digestat.

Stratégie d’épandage de digestat : plus de place à l’agronomie

Concentrons-nous ici sur deux volets, agronomique et économique. Comme le dit le « Guide des bonnes pratiques environnementales d’élevage », l’objectif est « d’utiliser le lisier produit de façon optimale pour répondre aux besoins de la culture en place ou à venir en lui fournissant les éléments nutritifs aux moments opportuns et en quantités adéquates. »

De ce premier aspect découlent les étapes classiques : analyse du lisier, calcul du volume à apporter par hectare, réglage du matériel pour y parvenir en assurant une répartition homogène.

A lire : Un analyseur de lisier mobile chez Fliegl.

stratégie d'épandage de digestat

Un impératif désormais : le lisier déposé au sol ou enfoui et dosé avec précision.

C’est là qu’intervient la question des pertes d’ammoniac. D’un côté, c’est une pollution atmosphérique qui contribue au réchauffement climatique. De l’autre, ce sont des unités d’azote qui s’envolent et dont la culture ne pourra pas bénéficier. En conséquence : la tendance est aujourd’hui à l’enfouisseur, la rampe à patin ou à pendillards. Certes, ils coûtent plus cher que la buse palette. Mais ils peuvent se rentabiliser par l’ammonitrate économisé ensuite. Et ils peuvent être rendus obligatoires par arrêté préfectoral.

A lire : Palettes, pendillards ou enfouisseurs à dents, combien coûte le mètre cube épandu ?

Attention au respect des sols

L’agronomie, c’est aussi le respect du sol et de sa structure, notamment avec deux dimensions. D’une part éviter de créer des ornières défavorables à la suite des opérations culturales. Mais aussi d’autre part ne pas causer de compactions profondes très difficiles à réparer. Que dit le référentiel du label Eco-Epandage, qui fait référence pour la définition du cahier des charges d’un matériel d’épandage performant sur le plan agronomique ?

« Le tassement des sols est maîtrisé. Moins de 13 tonnes de charge à l’essieu et pression d’interface au sol limitée à 1,5 bar. » Treize tonnes à l’essieu, c’est aussi la limite du code de la route. Mais on sait bien qu’elle n’est pas toujours respectée. Quant à la pression de 1,5 bar, elle demande des pneus de gros volume par rapport à la charge, gonflés à la pression « champ », et encore.

stratégie d'épandage de digestat

Les agriculteurs se préoccupent de plus en plus de l’état de leurs sols, en surface mais aussi en profondeur.

Ainsi, pour bien épandre, il faudrait un matériel avec une rampe ou un enfouisseur, précis dans son dosage, et pas trop lourd. Mais l’effluent a aussi besoin d’être transporté. Et là, on veut juste du volume pour gagner du temps sur le nombre de voyages et des chevaux pour dépoter. Comme souvent en mécanisation agricole, on a jusque-là été obligé de faire des compromis. On se retrouve avec des tonnes très équipées, de grande capacité, avec un gros tracteur devant. La rampe et le DPA, pourtant achetés très cher, passent la majorité de leur temps à se promener sur la route. Une fois dans le champ, on passe comme on peut, sans trop savoir ce qui se passe à 50 cm sous la surface.

Stratégie d’épandage de digestat : distinguer transport et épandage

De plus en plus d’experts, des conseillers extérieurs, comme des agriculteurs praticiens eux-mêmes, commencent à dire qu’il faut distinguer le transport de l’épandage dans sa stratégie d’épandage de digestat. Pour amener le produit jusqu’à la parcelle, ou bien jusqu’à une cuve tampon proche (poche souple, caisson mobile ou autre), l’optimum est peut-être une grosse tonne routière sans équipements particuliers, un camion si la distance est très grande, ou une canalisation enterrée. Alors que pour épandre dans la parcelle, ce sera plutôt une tonne « agronomique », très précise mais pas trop lourde. Ou un automoteur d’épandage lui aussi d’un poids modéré. Ou encore un système sans tonne avec enrouleur ou tuyau ombilical.

Sur le plan économique, le calcul devrait aussi distinguer le transport de l’épandage. On y verrait plus clair. Quand une cuma annonce une prestation moyenne à 2,50 €/ m3, les kilomètres sont noyés dans la masse. C’est un choix délibéré de solidarité, qui se matérialise par la mutualisation des déplacements. Mais cette option qui est tout à l’honneur des responsables de cuma n’empêche pas d’ouvrir les yeux sur le détail des coûts, pour tenter de les réduire au profit de l’ensemble des adhérents.

Jouer collectif

D’autres cuma introduisent une notion de temps passé dans leur facturation pour mieux intégrer les déplacements. Soit dans un mix avec le volume épandu, soit comme critère unique de calcul. Si la cuma annonce 135 €/h, on commence à toucher du doigt les trajets, sachant que la tonne va facilement passer 2 à 3 fois plus de temps sur la route que dans la parcelle.

D’ailleurs, en consultant des propositions d’entrepreneurs, on peut constater que le tarif de l’épandage au mètre cube peut varier du simple au double entre 0 et 10 km de trajet de la fosse à la parcelle. Ils ont fait leurs comptes.

stratégie d'épandage de digestat

Bien entendu, la mise en place de chantiers décomposés oblige à raisonner sur un plus gros volume de lisier. Si, à la place d’un seul équipage qui fait tout en autonomie, il faut par exemple mobiliser trois chauffeurs, trois tracteurs, un outil d’épandage et deux tonnes de transport, et les coordonner, l’investissement est plus élevé et s’amortit sur plus de mètres cubes d’effluent. Les petites cuma doivent alors jouer collectif et se regrouper pour bâtir un projet.

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