Le collectif enrichit en protéines les élevages

Mi-février, la Frcuma ouest mettait en culture le thème de l’autonomie protéique lors de son AG. Les collectifs font avancer des éleveurs qui s’engagent dans cette voie et ce n’est pas fini.

L'assemblée générale de la Frcuma ouest a réfléchi en groupes aux relations entre cuma et autonomie protéique.

Deux agriculteurs aux trajectoires différentes se trouvent à la tribune de l’assemblée générale 2020 de la frcuma Ouest. Deux points communs néanmoins. Tous les deux ont orienté leur système fourrager vers un niveau remarquable d’autonomie.

Ils ont bénéficié du support de la cuma pour parvenir à l’objectif. Le premier mise en partie sur les cultures annuelles. «Chez nous, en prérogative au travail sur l’autonomie protéique, nous avons fixé de ne pas baisser de niveau de production», pose Christophe Grandière. Dans son gaec où l’engraissement de bovins fait partie des activités dominantes, l’idée de restreindre le recours aux achats d’aliments a mûri dans le bouillon de la vache folle.

S’adapter aux variations climatiques

Jérôme Pavie (chef du service Fourrages d’Idele) ajoute un constat pertinent. En effet, après l’épisode sanitaire, il y a eu la crise conjoncturelle en 2009. «Plus récemment, c’est sous couvert d’adaptation aux variations climatiques» que l’autonomie fourragère et protéique est réapparue.

Que le cheptel rumine de la protéine locale «pourrait très vite devenir une demande sociétale et commerciale demain». L’intervenant pointe ce que la filière de l’œuf a connu récemment. «Il a suffi qu’un ou deux opérateurs de l’aval bannisse l’élevage en cages» pour qu’un réel mouvement s’enclenche.

Remède aux maux successifs

Chez Christophe Grandière, l’orientation est donc déjà prise. «Nous avons commencé avec la valorisation de l’herbe d’hiver et des couverts végétaux. Il n’aurait pas été très pertinent de les enfouir. En effet, nous avions déjà des bons taux de matière organique dans nos sols.»

Avec des coupes, «au moment où les valeurs alimentaires sont les meilleures», il mise aussi sur la déshydratation (via une coopérative), ainsi que sur la luzerne. «C’est la culture qui produit le plus de protéines à l’hectare. On arrive à en faire 2,5 t/ha aujourd’hui.»

La tribune de l'AG de la Frcuma ouest lors de la table ronde sur l'autonomie proteique

La fédération, présidée par Laurent Guernion, avait invité Christophe Grandière et Erwan Le Cras à témoigner, avec l’appui éclairé de Jérôme Pavie et Fabien Valorge (de gauche à droite).

 

Côté cultures annuelles, le lupin a ses faveurs. Là encore parce que c’est celle «qui produit le plus de protéines à l’hectare et a l’intérêt de ne pas diluer la ration». L’agriculteur constate la difficulté de gérer l’enherbement du protéagineux. «L’idéal est de l’associer à un triticale semé un mois après» afin de récolter les deux graines à un stade de maturité adéquat.

A condition d’engager une technologie de guidage précis et répétable pour le semis. Outre «un point de rencontres où l’on peut progresser ensemble» et une entité «qui permet d’être reconnu», la cuma offre au témoin du jour l’accès à cette technologie RTK.

1.400 mm d’eau et de l’herbe

Quand il s’installe en 2006, Erwan Le Cras apporte un projet marquant sur l’exploitation familiale. Ses parents valorisent déjà leur production dans la filière bio. Eux avaient choisi d’accepter la réduction des performances individuelles bien en deçà de 5.000 l/an. Depuis, avec le séchoir, de l’affouragement, une conduite dynamique du pâturage…, «nous avons retrouvé un niveau proche de 7.000l».

Avec un an d’avance sur eux, le trésorier de la cuma investissait aussi dans un séchoir. «Ça a aidé à convaincre mes parents de partir dans cette orientation.» Sur l’élevage du centre Bretagne, tout repose sur l’herbe. La cuma du Minez Du est un atout de poids. «Avec le chauffeur et le groupe, on a vite fait de mettre 250 ha par terre et pour 180 €/h.» Tandis que l’éleveur peut intervenir pour le fanage aussitôt.

Constatant aussi que l’herbe d’hiver n’est plus à négliger, Erwan Le Cras initie cette année l’affouragement en vert. «Nous avions bien 1 t ou 1,5 t à aller chercher alors que nous manquions de fourrage de qualité pour cet hiver.»

Son équipement est en propriété individuelle, ce qui ne manque pas de faire réagir dans l’assemblée de responsables de cuma. «Chez nous, nous avons initié ça en cuma, avec 6 ou 8 élevages. Ça marche et nous avons consolidé un second emploi», lui répond un autre Breton.

Intervention de l'agriculteur auprès d'étudiants devant un matériel

Christophe Grandière témoigne volontiers qu’il trouve dans sa cuma des outils, comme le RTK, une dynamique et une entité qui facilitent la reconnaissance. Lié à la cuma de la Brutz, un GIEE travaille sur la conservation du sol, un sujet que l’agriculteur trouve très lié à l’autonomie protéique des élevages par la gestion des couverts (photo d’archives).

Renforcement de la place des légumineuses, développement des protéagineux à grain, valorisation de l’herbe… Mais aussi réduction du gaspillage fourrager ou maximisation des valeurs alimentaires. Fabien Valorge (chargé de mission Frcuma Ouest) et Jérôme Pavie constatent le rôle transversal des collectifs dans l’amélioration de l’autonomie protéique des élevages.

Le choix du thème de l’AG découlait de l’implication de la fédération dans des programmes qui y sont lié, tels que Luz’co. Leurs constats valident l’orientation prise par le réseau de s’intéresser à cette question qui a encore de beaux jours devant elle.

«A l’horizon 2050, nous aurons des cultures qui vont gagner avec le changement climatique.» Le chef de service Idele cite la luzerne, les prairies… Même si l’enjeu sera de pouvoir les exploiter «à des périodes inhabituelles».

En définissant l’autonomie par «la maîtrise et la traçabilité de ses approvisionnement», l’expert souligne que la logique a du sens aussi par rapport à des valorisations type ‘lait de pâturage’ ou ‘sans OGM’ déjà dans l’air du temps.

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