Logique préventive
Historiquement les enfants assuraient la garde des animaux domestiques. La scolarité aidant, ils n’étaient plus disponibles pour cette tâche. « Les troupeaux ont eu tendance à partir en divagation », à la rencontre du lion et du léopard, donc, mais aussi du guépard ou de l’hyène. Si « par tradition, quand un lion tue une vache on va tuer un lion », la pratique dessert la volonté de développement touristique. « Tuer des lions et braconner des éléphants, ça ne donne pas une bonne image », résume Joseph Boussion.

« Bien mené, le pâturage de savane favorise la rétention de l’eau et participe à la dissémination des graines. C’est un levier de lutte contre la désertification », argue Joseph Boussion (©Carnet de berger).
Des écogardes monitorent la présence des lions
C’est ainsi que localement des initiatives testent des systèmes pour concilier ces deux sources de revenus. Elles se basent sur la mise en commun des troupeaux, pour pouvoir les faire garder. Au village d’Habu, cette histoire a commencé il y a quatre ans, avec quatre vaches. Aujourd’hui, quatre bergers, avec un à deux aides de camps, encadrent les 600 têtes de plusieurs propriétaires, sans chien qui risqueraient d’affoler les éléphants.
« La présence humaine et l’observation font que cela fonctionne », analyse l’expert. L’évitement des attaques repose aussi sur la technologie. Des écogardes assurent en effet un suivi de la grande faune herbivore. « Ils font aussi du tracking des lions par collier GPS », et sur cette base, délimitent des quartiers pour laisser aux animaux sauvages et d’autres dévoués au pâturage par le cheptel.

L’évitement de la faune sauvage pour des raisons sanitaires et de prédation font partie du quotidien du cheptel (©Carnet de berger).
Un modèle économique à définir
En outre, les écogardes ont une fonction d’ingénieur en soutien sur la conduite du pâturage. « Il y a un objectif de progrès zootechnique pour améliorer la plus-value, avec une meilleure qualité de viande. » En perspective, une idée serait de « valoriser une viande ‘écofriendly’ auprès des lodges et les faire payer un peu plus cher pour rémunérer les bergers. » Joseph Boussion pointe ainsi la question du moment : « L’initiative fonctionne elle prend de l’ampleur. Mais le bémol, c’est le ‘qui paye ?’ Aujourd’hui le financement repose sur ONG et fonds internationaux, qui ont le mérite d’amorcer la pompe, mais le modèle économique est encore fragile. »
Pourquoi ce sujet ?
Le nombre de loups dans l’Hexagone dépasserait désormais le millier. L’élevage pastoral doit donc trouver les moyens de composer avec le prédateur installé.
L’analyse
Joseph Boussion : « Ce qui fait la différence de cette logique préventive, l’élément qu’il nous manquerait en France, c’est que cette gestion prend de front les deux dimensions. La protection et de la faune sauvage, et des troupeaux domestiques ne sont pas découplées. Cela fait partie d’un même processus. C’est la même entité qui est en charge de l’ensemble, qui paye des bergers et des écogardes. Et tout le monde se parle. »
Témoignages du métier de berger
Joseph Boussion est l’auteur du livre Berger – L’existence sans refuge et connu sur Instagram sous le pseudo @carnetdeberger.
(1) Le lion, l’éléphant, le léopard, le buffle et le rhinocéros noir
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