Nouvelle-Zélande laitière, ce qu’il faut retenir

Elevages
filière laitière Nouvelle Zélande : le groupe formé pour la formation enNouvelle-Zélande en janvier 2018 rencontre un éleveur laitier.

Les treize experts qui visitaient la filière laitière de Nouvelle-Zélande, avaient des spécialités complémentaires. La formation était organisée par l’Idele avec Agrilys (©Mélanie Richard-Lenfant).

27/06/2018 - 12:50

Treize experts de la filière laitière en France étaient en Nouvelle-Zélande en janvier pour une visite approfondie de l’univers de l’or blanc sur place, comprendre la ruée qu’il a suscité, sa situation et ses perspectives de développement. Dans l’avion du retour, que retenaient-ils à chaud à propos de la filière du lait kiwi?

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La rédaction d’Entraid vous emmène à travers une série de 15 articles à la découverte de la filière laitière Nouvelle Zélande. Un voyage d’étude rendu possible grâce à notre partenaire Agrilys spécialisé dans l’organisation de voyage d’étude professionnel à l’étranger. Cliquez sur le lien suivant pour voir le sommaire et l’intégralité des articles traitant de l’élevage laitier.

Que retient-on de quinze jours de découverte de la filière laitière Nouvelle Zélande ? Fonctionnement, perspectives et développement de la production

On ne traverse pas le globe sans raison. Chacun d’eux avait ses motivations, ses interrogations, «des centres d’intérêt différents. C’était une grande richesse dans le groupe», constate Michel Debernard (CerFrance PCH). À la somme de leurs objectifs initiaux plus ou moins partagés par les treize Français inscrits à la formation proposée par l’Idele s’ajoutent quelques points d’analyse et de questionnement. Certainement inattendus au départ.

Le premier point constaté, et c’est une surprise partagée par l’ensemble du groupe, se résume en un mot: diversité. S’attendaient-ils à une armée de 12.000éleveurs obéissant tous de la même manière aux commandements « Marchez! Pâturez!Trayez! Repos! », sans doute pas. Mais la frappante diversité des systèmes de production, qui restent néanmoins herbagers, fait l’unanimité. Alain Le Boulanger (Fnil) résume: «C’est différent de ce à quoi nous nous attendions.» Il identifie la forte capacité des acteurs à évoluer, «que ce soit au niveau de la production, de la transformation… jusqu’aux banques. L’aversion au risque semble moins forte ici que ce que nous connaissons en France. La ligne stratégique du transformateur est claire et partagée et le risque est assumé par tout le monde».

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Une culture que le groupe ne s’attendait pas à rencontrer aussi souvent. Avec des rendements moyens bien au-delà des 20tMS/ha, la sole de maïs dans certaines régions de l’archipel devrait plutôt croître encore à l’avenir.

Production : diversité et qualité

Anne-Sophie Rumigny-Passas (Coop de France Métiers du lait) confirme. «Le sentiment d’appartenance des coopérateurs à Fonterra est vraiment très fort».«Ils font block ensemble, à l’image des All Blacks», illustre encore Michel Debernard. «C’est un énorme atout». 

Elle ajoute : «Sur les questions environnementales par exemple, les éleveurs se mettent en marche pour satisfaire les demandes sociétales.» Leur réactivité s’exprime aussi vis-à-vis de l’aval de leur filière. «J’ai été surpris qu’ils soient si proactifs sur la différenciation et la qualité à l’échelon de la production, réagit Benoît Rubin (Idele). Hier, ils étaient compétitifs sur les coûts. Il n’est pas impossible qu’ils le soient demain sur la valorisation.»

Sur les coûts de production qui «ont bien augmenté de 2007 à 2012», Marthe Vivant (chambre d’agriculture 41) complète: «Comme ils étaient très bas, ils augmentent plus qu’ailleurs et ça va continuer avec plus de bâtiments, de maïs… Ces visites que nous avons faites, ont cassé pas mal d’idées reçues.»

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Même les élevages les plus intensifs basent leur système sur l’herbe. Les parcellaires sont groupés autour de la salle de traite et aménagés pour le pâturage (©Christophe Perrot).

Culture de l’herbe

Pour Pascal Rougier (Littoral normand), le premier enseignement est une confirmation. « Les Néo-zélandais sont précurseurs sur la conduite du pâturage rationnelle. Ils gèrent un stock d’herbe, avec des mesures, une méthode », utilisent des logiciels informatiques… Il prédit qu’avec l’évolution climatique, « il faudra être encore plus précis dans ce domaine ». Le conseiller référent en agriculture biologique s’inquiète aussi. «Nous avons également approché ce qu’il ne faudrait pas faire, avec une augmentation des parts de maïs dans les rations, qui implique plus de phytos, plus de tourteaux, donc plus de coûts et de dépendance aux marchés. Tant que leurs rations resteront avec 70% d’herbe, ça ira. Mais passer à du 100% maïs serait dommage. Ils ont construit leurs systèmes et leur génétique sur l’efficacité au pâturage.»

Véronique Camau (Idena) le rassure: «Ils sont entrepreneurs, vont de l’avant et s’adaptent. Avec ça, ils ont un bel avenir devant eux et la production se développera. Malgré cela, ils garderont une spécificité de coût de production faible. Ils n’ont pas envie de faire comme nous, ils ne prendront de nos systèmes que ce dont ils ont besoin et c’est pertinent. Et à l’inverse, en termes de résilience, nous avons aussi des choses dont nous pouvons nous inspirer.»

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La conduite du pâturage intensif est précise, basée sur des mesures. L’herbomètre est présent partout, y compris dans les établissements de formation.

Des organisations d’entreprises valorisant des spécialistes

Jean-Marie Séronie (agro-économiste) voit lui aussi des choses transposables en France. Au-delà de la maîtrise technique du pâturage: «les systèmes externalisés, avec l’élevage délégué pour les génisses, les taries, pour les capitaux, les compétences…» rendent les acteurs très spécialisés. «Ce sont des axes de réflexion à mener chez nous.»

Quant aux perspectives néo-zélandaises, passer d’une gestion du troupeau à une gestion plus individualisée de la vache «leur laisse une marge de manœuvre, un gain de performance important qui permet un développement de la production pour un impact environnemental moindre», avec un bémol que l’économiste identifie : leur endettement. Les éleveurs sont déjà en situation «de forte sensibilité aux taux d’intérêts». Benoît Rubin acquiesce: «Si les taux d’intérêt augmentent, quand le prix du lait baissera à nouveau ou si les coûts de production augmentent encore fortement, il y aura des restructurations, des arrêts et des reprises.» Lui aussi conforté par rapport à «leur capacité d’adaptation, leur pragmatisme», Christophe Perrot (Idele) conclut: «Ils ne sont pas prêts à quitter la scène internationale du marché du lait.»


Retrouvez l’intégralité des articles sur les fermes laitières en Nouvelle Zélande dans notre sommaire

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Pour aller plus loin, vous pouvez également aller dans notre dossier spécial Nouvelle Zélande :

Filière laitière Nouvelle Zélande : cap sur la Nouvelle Zélande avec une série de quinze reportages réalisés par Ronan Lombard, journaliste chez Entraid.

Cliquez sur l’image pour suivre le roadtrip de notre journaliste parti 15 jours en Nouvelle Zélande.

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