L’injection de biométhane agricole tiendra-t-elle la pression ?

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L’injection de biométhane agricole tiendra-t-elle la pression ?

Sur les 27 unités de méthanisation en injection étudiées par les Chambres d'agriculture, 26 sont en voie liquide infiniment mélangée. (©Entraid)

En dépassant les objectifs nationaux d’injection de biogaz, la filière méthanisation agricole montre sa crédibilité depuis 15 ans. Relèvera-t-elle le défi de décupler sa production d’ici 2050 ?

Concernant le biométhane agricole en injection, où en est-on dans l’Hexagone ? Panorama de la situation dans les campagnes françaises.

Le bilan des chambres d’agriculture sur le biométhane agricole en injection

Les chambres d’agriculture ont publié en 2022 une analyse technico-économique commandée par l’Ademe (Agence pour la transition énergétique). Cette étude portait sur 84 unités de méthanisation agricole. Parmi les 27 unités en injection de l’échantillon, 26 sont en voie liquide infiniment mélangée, et une en voie sèche continue. Cinq unités sont portées par une seule exploitation agricole. 22 sont collectives dont 18 avec moins de dix exploitations, et 4 avec 11 à 26 exploitations. Elles ont une puissance moyenne de 150 Nm3/h (entre 70 et 255 Nm3/h).

Elles utilisent en moyenne 139 tonnes de matières brutes et 34 t de matière sèche par an et Nm3/h. En moyenne 62 % des substrats proviennent des exploitations agricoles porteuses de l’unité d’injection. 13 % proviennent d’agriculteurs tiers et 25 % sont des matières dites externes (déchets organiques ou sous-produits de l’agroalimentaire le plus souvent). Les substrats sont à 40 % des effluents d’élevage, 28 % des Cive et résidus de culture, 3 % des cultures énergétiques.

Une grande majorité des agriculteurs méthaniseurs satisfaits

Biométhane injection
74 % des exploitants en injection se déclarent tout à fait satisfaits de la production de biogaz et 26 % assez satisfaits. Également, 100 % d’entre eux sont tout à fait ou assez satisfaits de pouvoir disposer de digestat. On estime en moyenne à 3 200 heures par an, soit deux travailleurs, le travail nécessaire à l’exploitation, l’entretien et le suivi d’une unité de méthanisation en injection.

Pour les unités de moins de 120 Nm3/h, un travailleur est suffisant. Le montant d’investissement nécessaire est en moyenne de 31 465 € par Nm3/h. Pour des recettes de 121 €/MWh de biométhane livré, la marge nette est en moyenne de 31 €, soit 26 %. 89 % des exploitants se déclarent assez ou tout à fait satisfaits des résultats économiques de leur installation.

Biométhane injection

Quel bilan fin 2025 ?

  • 992 unités de méthanisation en cogénération (électricité + chaleur)
  • 803 unités de méthanisation injectant du biométhane dont 72 mises en service en 2025
  • 13,5 TWh injectées dans le réseau pour une capacité de 15,7 TWh
  • Capacité moyenne de 20 GWh
  • 3 925 000 équivalent logements neufs chauffés
  • 1 585 unités en projet soit 33,7 TWh
  • Objectif inscrit dans la PPE3 : 44 TWh injectés en 2030
  • Consommation française de gaz : 350 TWh/an

 

Trois principaux enjeux pour la méthanisation agricole

Produire plus de biogaz

En matière d’énergie, l’enjeu numéro un est d’atteindre au plus tôt un maximum de production décarbonée. Cela afin de freiner le réchauffement climatique. La stratégie nationale bas carbone (SNBC) vise la neutralité carbone en 2050. Avec un rôle important du biométhane injecté (100 TWh). Un développement soutenu de la filière biogaz est donc nécessaire.

« C’est pourquoi le premier enjeu selon moi est que la France et l’Europe réaffirment leur volonté politique de soutenir les énergies renouvelables, dont la méthanisation, déclare Jean-François Delaitre, président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF). Au-delà du coût de production de l’énergie, il faut prendre en compte l’impact de la filière biogaz sur les territoires, en matière d’économie circulaire, d’emploi. Nos unités sont légitimes à plusieurs titres. Nous avons donc besoin du soutien des élus locaux pour faire avancer les projets en cohérence avec la stratégie nationale. »

Le défi de la rentabilité

Une étude de l’Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) datée en 2025 constate deux faits. D’abord, « les coûts de production du biométhane n’ont pas connu la baisse attendue par la programmation pluriannuelle de l’énergie 2 (PPE2). Cette dernière tablait en effet sur une réduction de moitié ».

Ensuite, elle déclare que « la diminution des dépenses d’investissement grâce aux économies d’échelle ne s’est que partiellement concrétisée ». L’étude ajoute que « la filière demeure entièrement dépendante des dispositifs publics : tarifs d’achats garantis par l’État et aides apportées par l’Ademe et les Régions ».

C’est la raison pour laquelle la France a mis en place en 2026 les certificats de production de biométhane (CPB). Les fournisseurs de gaz ont par conséquent l’obligation d’acheter celui-ci au prorata de leurs ventes. L’objectif est en effet d’inscrire le biométhane dans une logique de marché et de changer d’échelle. Le dispositif doit permettre de financer plus de 10 TWh de biométhane supplémentaire d’ici 2028 sans mobiliser le budget de l’État. « L’État a joué le jeu en finançant la filière au démarrage, reconnaît Jean-François Delaitre. Il y a eu de l’engouement et nous sommes aujourd’hui au-delà des objectifs. L’avenir de la tarification est désormais plus incertain. Car nous n’avons pas de visibilité au-delà de 2028. Toutefois, les méthaniseurs demeurent confiants puisqu’il y a une cohérence avec les systèmes agricoles et que la filière offre des perspectives. »

Produire plus de biomasse et revitaliser l’agriculture

Développer la filière méthanisation nécessite de mobiliser des effluents d’élevage, des déchets organiques, mais aussi de la biomasse agricole : Cive, herbe issue des prairies, cultures dédiées dans la limite des 15 % réglementaires. Augmenter la production de biomasse doit être l’opportunité de mettre en place des pratiques agroécologiques. Par exemple : généraliser les couverts végétaux pour protéger les sols et la qualité des eaux, à condition qu’ils soient conduits sans intrant chimique, et avec des plantes fixatrices d’azote ; diversifier les rotations pour réduire le recours aux pesticides ; ou encore maintenir les prairies permanentes pour intégrer l’herbe fauchée dans le méthaniseur.

« Des études ont montré qu’il est possible de produire la biomasse nécessaire, indique Jean-François Delaitre. Cela doit être encadré, nous devons pouvoir justifier nos pratiques, et le mot agroécologie ne nous fait pas peur. Mais il faut pouvoir épandre du digestat sur les Cive pour leur permettre de pousser. Le bilan de la consommation d’intrants est plutôt meilleur en introduisant des couverts végétaux, mais on peut encore progresser. » Selon l’agriculteur, il y a aussi un enjeu humain pour l’agriculture : la méthanisation est un moyen de relancer une dynamique dans les exploitations. « Le stockage de carbone ne se joue pas seulement dans les forêts, mais aussi dans les sols et les pratiques agricoles, souligne-t-il. À l’échelle de l’AAMF, nous sommes convaincus que la méthanisation revitalise l’agriculture en questionnant les méthodes de travail. Nous le vivons sur nos fermes, mais comment passer à plus grande échelle ? »

Pour plus d’information, retrouvez aussi ces articles sur www.entraid.com :

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