Les groupes, « moteurs » de la PAC

Olivier Tourand, vice-président de Trame et éleveur dans la Creuse, Christophe Perraud, secrétaire général de la fncuma et agriculteur en Loire-Atlantique, et Antoine Delahais, trésorier du réseau Civam et polyculteur-éleveur en Seine-Maritime, sont convaincus du rôle central des groupes dans la future PAC.

Les organisations Cuma, Trame et Civam demandent que les aides à l’investissement prévues dans le cadre du deuxième pilier de la prochaine PAC soient fléchées exclusivement vers les collectifs, mises à part celles consacrées aux bâtiments.

Les responsables professionnels représentant les trois organisations Cuma, Trame et Civam, proposent des changements radicaux pour la prochaine PAC, où la place des groupes serait clairement prise en compte.

Olivier Tourand: « C’est le moment! »

Le manque de rémunération des agriculteurs, les désordres du climat et les conséquences sur les rendements, l’érosion et la perte de biodiversité, la crise sanitaire et la désorganisation des marchés, le besoin de renouvellement des générations, les attentes sociétales en matière de qualité des produits mais aussi de préservation de l’environnement… sont autant de facteurs confluents qui questionnent le modèle de production actuel. À l’aube d’une nouvelle PAC qui adviendra dans les faits en 2022 ou 2023, Olivier Tourand considère qu’il est temps de mettre sur la table des propositions ambitieuses où les collectifs d’agriculteurs auront vraiment leurs places. «L’agriculture de groupe est le moteur de la PAC post 2020», affirme cet éleveur creusois. Il est convaincu que les politiques actuelles peuvent gagner en efficience et en légitimité en s’appuyant davantage sur la synergie des groupes…

 

 

Christophe Perraud: « Un second pilier plus costaud »

«Les montants financiers versés dans le cadre de la PAC devraient mieux être répartis.» C’est l’analyse exprimée par Christophe Perraud et ses collègues des réseaux Trame, Cuma et Civam, qui sont favorables à un rééquilibrage maximisé des montants du premier pilier en faveur du second. La raison? «Seuls les mécanismes du second pilier permettent de favoriser une véritable transition vers des modèles agricoles et ruraux plus vertueux
Pour le premier pilier, il souhaite aller plus loin sur les mécanismes de convergence et le plafonnement des aides à l’actif pour éviter les effets de concentration. Le but est de réorienter le budget du premier pilier en abondant notamment son volet environnemental dans le cadre de la nouvelle mesure prévue par la commission européenne, nommée Ecoscheme. «Ce nouveau dispositif pourrait être ouvert à des collectifs porteurs d’un projet agro-écologique qui leur permettraient de bénéficier directement de cette enveloppe», argumente Christophe Perraud.
Quant au deuxième pilier de la PAC, le secrétaire général de la fncuma et ses pairs soutiennent un changement radical des règles d’affectation. Pour tenir réellement en compte les enjeux propres à un territoire, il n’est plus concevable d’intervenir seulement exploitation par exploitation: «Les réseaux Trame, Civam et Cuma demandent que les aides à l’investissement, mises à part celles consacrées aux bâtiments, soient fléchées exclusivement vers les collectifs, en finançant des matériels qui répondent aux critères retenus», détaille Christophe Perraud. Cela pourrait être des matériels plus sobres, agro-écologiques, qui réduisent la pénibilité du travail ou qui ciblent la relocalisation des systèmes alimentaires…

Antoine Delahais: « Un contrat multi-acteurs sur 5-7 ans »

Trame, Cuma et Civam veulent tisser sur les territoires des relations contractuelles entre les pouvoirs publics, l’agriculteur engagé dans un collectif ou le collectif lui-même, et une structure accompagnante. L’outil envisagé pour mener à bien cette démarche tripartite serait un contrat de transition agroécologique et alimentaire de territoire. Antoine Delahais en explique le principe: «Développons des approches d’accompagnement dans la durée (au moins 5ans), assurées par des structures de terrain, qui favorisent l’expérimentation en soutenant la prise de risque et l’émergence d’innovations techniques ou sociales.» Ce contrat serait régulièrement évalué en fonction des objectifs ciblés, économiques, sociaux ou environnementaux. «En groupe, on prend moins de risques», rappelle Antoine Delahais, lorsqu’il s’agit d’expérimenter d’autres manières de produire.

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