Nicolas Thibaud : « optimiser la qualité de sa récolte par un bon réglage de la moissonneuse-batteuse »

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Nicolas Thibaud : « optimiser la qualité de sa récolte par un bon réglage de la moissonneuse-batteuse »

Rencontre avec Nicolas Thibaud, l'homme qui murmure à l'oreille des moissonneuses-batteuses. (©Entraid)

Il est plus connu par les agriculteurs pour ses formations sur la récolte et plus particulièrement comme l’homme qui murmure à l’oreille des moissonneuses-batteuses. Mais Nicolas Thibaud se définit lui-même comme un travailleur indépendant qui fait de l’agro-ingénierie dans le domaine agricole depuis plus de 40 ans. Son domaine, sa passion : tout ce qui touche à la qualité du grain.

Nicolas Thibaud se définit d’abord comme un passionné du vivant et dans le vivant un passionné du grain. « J’ai grandi dans une ferme de polyculture élevage en Vendée, toute petite mais très diversifiée. J’ai suivi ensuite des études de botanique. Puis, dans le cadre de mes activités salariées, pris la voie de la formation continue pour devenir ingénieur agricole. » Il nous donne son expertise sur le réglage d’une moissonneuse-batteuse. 

Des racines vendéennes à la passion de la botanique

Un parcours tout tracé pour prendre la suite dans la ferme vendéenne en tant qu’agriculteur. « À l’époque, la situation était relativement simple et à la fois compliquée. J’avais huit frères et sœurs. L’exploitation familiale était toute petite. Elle se prêtait bien à l’élevage. Mais à ce moment-là, les conditions d’installation, d’obtention de prêts, d’intégration à la coopérative obligeaient à se diriger vers l’élevage intensif. Ce n’était vraiment pas mon truc et j’étais plus passionné par les plantes que par l’élevage. »

La passion des graines est arrivée très tôt. « C’est une curiosité que j’ai depuis tout petit. » En ce temps-là, le futur ingénieur rencontre les plantes sur les chemins ou dans les fossés.

La curiosité concernant la dissémination des graines et la grande variété des espèces botaniques le pousse à entreprendre une collection singulière de graines d’adventices. « Une collection que j’ai commencée adolescent. Aujourd’hui, j’ai environ 2 500 graines d’espèces différentes. Je me sers d’ailleurs encore de cette collection dans le cadre de mes formations sur le triage. »

La graine comme fil de vie

Nicolas Thibaud passionné par la qualité des grains

Nicolas Thibaud, passionné de botanique, est un travailleur indépendant, formateur et expert dans les différents métiers du grain, du semis à la transformation. (©Entraid)

D’abord un technicien, un pèlerin et un passionné. Voilà comment se définit Nicolas Thibaud. « Pèlerin parce que dans mon métier, ou plutôt mes métiers, je suis amené à essayer de transmettre un message. »

Le message le plus connu par les agriculteurs concernant Nicolas Thibaud est : optimiser la qualité de sa récolte par un bon réglage de la moissonneuse-batteuse. Dans ce domaine comme formateur, il a acquis une notoriété qui peut être qualifiée de mondiale pour les réglages de ces machines pour la récolte de 150 espèces différentes.

Ce qu’il ne supporte pas, c’est qu’avec un prix des moissonneuses qui frise parfois le million d’euros, le chauffeur n’ait pas les clés pour faire du bon boulot. Sa bête noire du moment : les préréglages, autoréglages ou encore aides à la conduite installés dans les machines suivant les cultures à récolter. « La mise en place de ces automatismes empêche le chauffeur d’avancer dans sa réflexion et son analyse. Tous ces autoréglages ne servent pas à grand-chose si on n’a pas été particulièrement exigeant en amont sur la préparation de la moissonneuse-batteuse. C’est là que j’interviens. Ces autoréglages qui étaient présentés comme LA solution, m’ont rendu inquiet quant à la pérennité de mon travail. Mais aujourd’hui plus du tout, et je m’aperçois que c’est même le contraire. Plus la machine possède des aides à la conduite et aux réglages, plus elle est d’un niveau technique élevé et plus le chauffeur doit être compétent, j’en suis convaincu. »

Faire passer l’agronome devant le comptable

Un autre métier de Nicolas Thibaud est le conseil autour de l’investissement. Dans ce cas, son travail consiste à aider l’agriculteur à établir un cahier des charges. « Ce qui est intéressant, c’est que cela oblige mon client agriculteur à réfléchir sur ses besoins. Il doit aussi élargir sa réflexion en prenant aussi en compte l’organisation, le coût et l’intérêt technique de telle ou telle innovation. On va trop vite à ce niveau-là. Cela fait très longtemps que je me rends compte que pour les investissements, c’est le comptable qui décide. Alors que ça devrait être l’agronome ou le technicien. Cela jette un écran de fumée sur la réflexion technique longue dont on a besoin pour un investissement.»

Il ajoute : « Mon rôle est donc de remplacer cette décision technique de l’agriculteur par une prestation. Par exemple, pour renouveler une moissonneuse-batteuse, j’estime qu’il faut en général réfléchir deux ans. Or, un bon vendeur peut vous convaincre en une soirée de signer un bon de commande. Tout ça parce qu’en amont le comptable a donné son autorisation pour valider l’achat. Et cette autorisation écarte l’aspect technique. C’est pour moi un énorme problème. »

Nicolas Thibaud en formation de réglages de moissonneuses-batteuses

Nicolas Thibaud est connu comme la personne pouvant optimiser la qualité de la récolte par un bon réglage de la mossonneuse-batteuse.

Ne pas vouloir dépasser la nature

Les études techniques pour des constructeurs restent toutefois la principale activité de Nicolas Thibaud. Par exemple pour des semoirs, en déterminant si la construction de l’outil ne va pas à l’encontre du respect de la qualité des semences.

« Parfois, on a oublié que le but du semoir est de conduire une semence intacte vers le sol pour qu’elle puisse germer. On maîtrise les paramètres de bien placer la graine, à la bonne profondeur mais on néglige son intégrité. Des têtes de répartition trop agressives, des tubes de descente trop violents et on casse la germination en ne prenant pas en compte les limites de la nature. Quand on a des pertes de 4 à 5 % en germination en maïs, c’est problématique quand on connaît le prix de la dose. »

La richesse des rencontres à travers le monde

Cependant, ce que retient avant tout Nicolas Thibaud, ce sont les rencontres et les échanges lors des formations dispensées.

« Par exemple, j’ai travaillé tout le mois d’avril et mai au Mexique avec des producteurs d’orge de brasserie. J’ai rencontré des gens absolument géniaux tant sur le plan professionnel que personnel. Nous avons réalisé des choses très intéressantes. Il y a des gens qui, dans des endroits très reculés, m’ont surpris par leur ouverture d’esprit. Et moi, qui suis quelqu’un d’ouvert d’esprit, la passion fait que je me livre totalement. Les rencontres avec des personnes ouvertes d’esprit sont de vrais bons souvenirs. »

L’avenir de l’agriculture : capter la valeur ajoutée

Des exploitations plutôt très diversifiées, voilà comment Nicolas Thibaud imagine l’agriculture de demain dans notre pays. « Car les structures n’ont plus la possibilité, en cas de problème, de faire le dos rond comme c’était le cas du temps de nos parents ou grands-parents. Aujourd’hui, faire le dos rond, c’est le faire sur un des dix ateliers de l’exploitation. »

La France est un pays avec des productions haut de gamme. « Le problème est qu’il faut arriver à bien les vendre. Il faut pour cela dépasser la production et aller vers la transformation et la commercialisation. Aller vers des systèmes collectifs de transformation et de vente comme ce qu’il se fait déjà dans le bio. C’est très complexe comme démarche. Et c’est peut-être les cuma qui vont faciliter cette transition. Elles permettent en effet de donner de la puissance à un projet, de créer de l’émulation. Dans les formations, mon souci est d’avoir souvent à faire à des personnes qui ont du mal à réfléchir au côté technique. Avec la cuma, la réflexion est collective et apporte souvent de la profondeur dans la réflexion technique. »

Un savoir difficilement transmissible

Une expérience de plus de 40 ans dans les métiers du grain. Du semis à la récolte en passant par les étapes de triage et de stockage avant la transformation. Mais qui va hériter de ce savoir ? Un apprenti ? Un disciple ?

« Non, un apprenti je n’en ai pas et c’est compliqué car le métier n’est pas évident. Il faut à la fois marier la poussière, le trop froid ou trop chaud, les 75 000 kilomètres par an, l’expérience et le grain. Et aussi travailler avec des gens qui n’ont pas forcément l’état d’esprit pour prendre le temps de faire les choses. Il faudrait un apôtre car mon métier est une religion dont la récolte est le point d’orgue. » On n’explique pas une passion, elle se vit.

Pourquoi cette histoire ?

Nicolas Thibaud a acquis une expérience unique autour du semis, de la récolte, du triage, du stockage ou encore de la transformation des grains. Cette expérience il la transmet via des prestations destinées à des agriculteurs, des groupes d’agriculteurs, des acteurs de la filière du grain ou des constructeurs. Il souligne l’importance de l’expertise humaine face à la complexité croissante des matériels agricoles.

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